27 – Biographie de François Vinet dit Larente, époux de Marguerite André dite Saint-Michel (Partie 2)

Le parcours de leurs enfants : Marguerite et François-Geoffroy Vinet-Larente

par Harold Larente
11 mai 2025

Lorsque François Vinet dit Larente décède en janvier 1703, il laisse derrière lui une épouse enceinte et une fillette de 19 mois. Ce sont ses enfants, Marguerite et François-Geoffroy, qui assureront la continuité d’une lignée encore jeune, mais déjà solidement enracinée à Pointe-Claire.

À travers leurs trajectoires respectives, se révèle une forme de résilience familiale façonnée par les réalités de la société canadienne du XVIIIe siècle : recompositions conjugales, gestion des biens fonciers, alliances par le mariage et réseaux de solidarité.

En dépit d’une vie écourtée, Marguerite Vinet-Larente incarne pleinement l’ancrage d’une femme dans la société rurale canadienne, entre maternité nombreuse, gestion domestique et réseaux de parenté.

Son frère, François-Geoffroy, né quelques mois après le décès de leur père, jouera un rôle décisif dans la transmission du nom, du patrimoine et de la mémoire des Vinet-Larente. Par ses actes, ses alliances et son inscription durable dans le paysage foncier de Pointe-Claire, il devient le véritable passeur de l’héritage familial, assurant à cette lignée une continuité tangible. Encore aujourd’hui, de nombreux descendants portent le nom Vinet-Larente ou y sont liés, témoignant de la pérennité d’une lignée qui prend racine dès le tournant du XVIIe siècle, avec son grand-père Barthélemy Vinet dit Larente.

Ce deuxième volet s’efforce de faire revivre ces deux figures fraternelles, à la fois discrètes et essentielles, dont les parcours éclairent les dynamiques familiales, sociales et territoriales de la Nouvelle-France.

       I.            Les enfants de François et Marguerite

1.      Marguerite Vinet-Larente (1701–1745)

Née à Lachine le 13 juin 1701, et baptisée quatre jours plus tard à la paroisse des Saints-Anges-Gardiens[1], Marguerite Vinet-Larente est la fille aînée de François Vinet dit Larente et de Marguerite André. Elle a à peine 19 mois lorsque son père meurt subitement en janvier 1703, laissant sa mère veuve et enceinte de son frère cadet, François-Geoffroy.

Marguerite grandit à Pointe-Claire, dans un contexte familial marqué par les traumatismes de la fin du XVIIe siècle, dont le massacre de Lachine, qui avait touché sa mère et ses proches. Elle est élevée dans une famille recomposée, entourée de nombreux demi-frères et demi-sœurs issus du second mariage de sa mère. Marguerite entretiendra avec eux des liens étroits, notamment à travers plusieurs transactions foncières.

a.     Son mariage avec Joseph Parent

Le 7 janvier 1721, à l’âge de 19 ans, elle signe un contrat de mariage avec Joseph Parent, fils de Mathurin Parent et de Jeanne Boucher, à Montréal.[2] Le mariage religieux est célébré quelques jours plus tard, le 13 janvier, à Pointe-Claire,[3] paroisse où le couple s’installe et où Marguerite résidera toute sa vie adulte.

b.     Sa descendance

De leur union naissent treize enfants, quatre garçons et neuf filles. Huit atteignent l’âge adulte et fondent à leur tour des familles à Pointe-Claire, Les Cèdres et Sainte-Geneviève, contribuant à l’essaimage de la lignée Parent :

      • 🙍‍♀️Marie-Madeleine (1721–1751), mariée à Joseph Bourdon, fils de Marin et de Marie-Anne Lajeunesse;
      • 🙍‍♀️Marie-Thérèse (1723–1764), mariée à Jean-Marie Barbary dit Grandmaison, fils de Pierre et de Marie-Françoise Paré;
      • 🙍‍♀️Marie-Josephe (1725–1780), mariée à François Périllard, fils de Nicolas Charles et de Jeanne Sabourin;
      • 🙍‍♂️Joseph-Marie (1729–1811), jumeau de Marie-Anne, marié à Marie-Suzanne Prieur Léger, fille de Pierre et de Marie-Louise Sarault dit St-Ange;
      • 🙍‍♀️Marie-Anne (1729–1802), jumelle de Joseph-Marie, mariée à Sébastien Rodrigue, fils de Jean et Marie Rodrigue;
      • 🙍‍♀️Angélique-Amable (1731–1813), mariée à Antoine Bissonnette, fils de François et Marguerite Castonguay ;
      • 🙍‍♀️Françoise (1734–1765), mariée à Pierre Abraham Desmarest Courville, fils de Jean-Baptiste et Marie-Catherine Périnau Lamarche;
      • 🙍‍♀️Agathe (1742–1823), mariée à Pierre Lauzon, fils de Pierre et de Marie-Jeanne Roy.

Les cinq autres enfants meurent en bas âge : 🙍‍♀️Françoise (1727-1730) à l’âge de 3 ans, 🙍‍♂️Pierre (1733-1733) à l’âge de 3 mois, 🙍‍♂️Paul-Amable (1737-1749) à l’âge de 12 ans, 🙍‍♀️Marguerite-Amable (1739-1742) à l’âge de 2 ans et 🙍‍♂️François-Marie (1744-1759), ce dernier décédant à l’âge de 15 ans.

c.     Marguerite et la gestion de son patrimoine familial

Marguerite apparaît dans plusieurs actes notariés, notamment liés à la gestion et à la transmission de terres héritées de son père, de son oncle Guillaume Vinet-Larente et de son grand-père Barthélémy Vinet-Larente.

i.      La vente des terres de Lachine (30 septembre 1723)

Le 30 septembre 1723, elle vend avec son mari Joseph Parent et son frère François-Geoffroy — alors encore mineur — deux portions de terres situées à Lachine, reçues en héritage, à Jean-Baptiste Chénier et à son épouse Barbe Rapin.[4] Ces terres leur étaient revenues par héritage paternel.

L’acte notarié, reçu par Me Pierre Raimbault, précise que les vendeurs cèdent deux portions distinctes à Jean-Baptiste Chénier et son épouse Barbe Rapin.[5] La première correspond à la moitié d’une terre de six arpents de front sur dix-huit de profondeur, concédée le 26 mai 1686[6] à leur oncle Guillaume Vinet-Larente; elle est encore indivise entre les vendeurs et les acquéreurs, également héritiers, Jean-Baptiste Chénier et son épouse Barbe Rapin. La terre est bornée : à l’avant : par la concession de feu Barthélemy Vinet, leur grand-père, et celle des acquéreurs et de Queneville (partiellement); à l’arrière par la prairie dite « de Larente »; d’un côté : par les terres de feu André Rapin; de l’autre : par celles de Queneville.

La prairie de Larente. La carte complète est accessible avec ce lien : https://ville.montreal.qc.ca/memoiresdesmontrealais/files/plan-de-lile-de-montreal-vers-1702https://archivesdemontreal.ica-atom.org/uploads/r/ville-de-montreal-section-des-archives/4/9/4949/VM66-S1P025.pdf

Bien que Jean-Baptiste Chénier et son épouse Barbe Rapin soient désignés comme cohéritiers pour la première portion de terre, aucun lien formel avec Guillaume Vinet-Larente n’a pu être établi à ce jour. Leur statut d’indivisaires suggère un lien familial ou matrimonial, mais celui-ci demeure à documenter.[7]

La seconde concerne la moitié indivise d’une autre terre de deux arpents de front sur vingt de profondeur, issue de la succession de leur grand-père Barthélemy Vinet-Larente. Cette portion de demi-arpent appartient à Joseph Parent et Marguerite Vinet-Larente comme quart d’héritage de leur défunt père. Cette seconde terre est également indivise entre les héritiers de Barthélemy Vinet-Larente. Elle est bornée : à l’avant : au bord du lac Saint-Louis (fleuve Saint-Laurent); à l’arrière : aux terres ci-dessus mentionnées; d’un côté : aux terres de l’acquéreur; de l’autre : à celles de Sieur Germain.

Le contrat, reçu par Me Pierre Raimbault, précise que les terres sont vendues en l’état, pour la somme totale de 200 livres — soit 100 livres chacun pour Marguerite et François-Geoffroy. Le paiement est reconnu en pleine main, et les vendeurs déclarent ne rien en retenir ni réserver. Comme François-Geoffroy est encore mineur au moment de la transaction, Marguerite et son mari s’engagent à faire ratifier la vente par lui à sa majorité.

Le 13 janvier 1740, soit un peu plus de seize ans après le premier contrat du 30 septembre 1723, Marguerite figure à nouveau en tant qu’héritière et bénéficiaire d’une donation intergénérationnelle portant sur la terre familiale de Pointe-Claire.[8] Sa mère, Marguerite André dite Saint-Michel, veuve de François Vinet-Larente, remariée à Jean-Baptiste Dubois dit Brisebois, souhaite, avec son second époux, se retirer des affaires du monde. Ensemble, ils cèdent à leurs enfants une terre de six arpents de front à Pointe-Claire en échange d’une pension viagère. Cette terre est connue comme étant les lots 180 et 181 de la côte de la Pointe Claire. Ce geste illustre le rôle actif de leur mère dans la transmission foncière et l’organisation de la solidarité familiale.  Cette transaction sera examinée plus en détail dans la section intitulée « Une terre, une pension, une prière : au seuil de la vieillesse », dans la troisième partie de cette biographie.

d.     Son décès et la tutelle assurée par son frère

Marguerite décède prématurément le 9 juin 1745, à l’âge de 43 ans, et est inhumée le lendemain à Pointe-Claire.[9] Son époux Joseph Parent lui survit jusqu’en 1757. Le 2 juillet 1756, la tutelle de leurs enfants mineurs est confiée à son frère François-Geoffroy Vinet-Larente, qui jouit déjà d’une autorité reconnue au sein de la parentèle. Il est appuyé par Jean-Baptiste-Marie Barbary dit Grandmaison à titre de subrogé tuteur, gendre de Marguerite par son union avec sa fille Marie-Thérèse Parent.[10]

Le 19 avril 1757, François-Geoffroy remet au notaire Gervais Hodiesne un compte de gestion rigoureux des biens issus de la succession de sa sœur. L’inventaire, effectué le 11 février précédent, avait permis de vendre des meubles et effets pour un total de 457 livres et 16 sols. François-Geoffroy détaille avec soin les nombreuses dépenses engagées : frais funéraires, règlement de dettes, honoraires notariaux, frais d’inventaire, d’élection de tutelle, de déplacement et de rédaction du présent compte. Le solde final, d’un peu plus de 64 livres, est à partager entre les sept enfants du couple, soit environ 9 livres et 4 sols chacun.[11]

Un an plus tard, le 20 novembre 1758, François-Geoffroy règle le legs de 300 livres que son beau-frère Joseph Parent avait fait à l’une de ses filles, Françoise-Amable Parent, épouse de Pierre Courville dit Desmarets.[12] La quittance signée par Courville confirme que la somme a été versée en deux tranches, libérant ainsi François-Geoffroy et les héritiers de toute obligation.

À travers ces documents, Marguerite se révèle comme une figure pivot de la transmission foncière et familiale. Héritière, épouse, mère, et bienfaitrice, elle incarne la continuité discrète, mais essentielle d’une lignée enracinée dans l’ouest de l’île de Montréal. Sa vie, bien que brève, illustre celle d’une femme de la vallée du Saint-Laurent au XVIIIe siècle : elle traverse la perte d’un père, la recomposition familiale, la maternité nombreuse, la gestion du quotidien rural et la transmission du patrimoine à une descendance nombreuse et active qui s’enracine à Pointe-Claire, dans une société où la terre, la famille et le souvenir sont intimement liés.

Tandis que cette fille aînée connaîtra une destinée bien remplie, la vie conjugale de ses parents, elle, sera de courte durée. François Vinet-Larente décède prématurément le 18 janvier 1703, à l’âge de 22 ans.[13] Son acte de sépulture précise qu’il est mort de maladie, probablement victime de l’épidémie de variole qui sévit alors à Lachine.[14]

Ce jourd hui dix neufieme janvier mil sept cent trois a esté inhumé dans le cimetier de cette êglise le corps de deffunct Francois Vinet dit LaRente aagé d’environ trente trois ans lequel mourut le jour d hier dedans son lict de maladie. Cette inhumation a esté faitte en la presence de ses parents et des sieur Cuillierier et d’Aoust quy ont signé.

2. François Geoffroy Vinet-Larente (1703–1760) – Un laboureur enraciné et tuteur engagé

a.Naissance et jeunesse à Pointe-Claire

Fils posthume, François Geoffroy Vinet-Larente, naît le 21 juin 1703[15] quelques mois après la mort tragique de son père. Baptisé le jour même à la paroisse des Saints-Anges-Gardiens, il est élevé par sa mère, Marguerite André, dans un contexte familial marqué par les deuils et les épreuves de la fin du XVIIe siècle.

Il grandit à Pointe-Claire, où il devient un habitant (Voir encadré ci-dessous pour une définition du statut d’habitant) laboureur actif et respecté. Dès sa jeunesse, il est intégré dans plusieurs transactions touchant aux biens familiaux, notamment aux côtés de sa sœur Marguerite, comme cela est présenté dans la section qui lui est consacrée.

📚 Qu’est-ce qu’un habitant ?

En Nouvelle-France, le mot habitant désigne le colon libre installé sur une concession seigneuriale qu’il cultive pour son propre compte. Soumis au régime seigneurial, l’habitant doit remplir plusieurs obligations : verser un cens et une rente au seigneur, entretenir sa terre, participer aux corvées publiques, et utiliser les infrastructures seigneuriales, comme les moulins.

À la différence des seigneurs, des engagés (travailleurs sous contrat), des artisans urbains et des officiers militaires, les habitants formaient la base de la société rurale canadienne. Ils incarnaient la stabilité, l’enracinement et l’autonomie dans la colonie française d’Amérique, assurant le peuplement durable des campagnes.

      i.      Première concession : le lot 263 à la côte Saint-Jean, Pointe-Claire (22 mars 1723)

Le 22 mars 1723, alors âgé de 19 ans, François Geoffroy reçoit officiellement une concession de terre du Séminaire de Saint-Sulpice, seigneurs de l’île de Montréal.[16] L’acte est passé devant le notaire Pierre Raimbault, en présence de François Citoys de Chaumaux, prêtre, secrétaire et économe du Séminaire. François Vachon de Belmont, prêtre du Séminaire de Saint-Sulpice de Paris et supérieur de celui de Villemarie, y comparait en tant que procureur de messire François Leschassier, prêtre, docteur en théologie, et supérieur du Séminaire de Paris, seigneur en titre de l’île.

C’est en leur nom que Vachon de Belmont concède à François-Geoffroy une terre de trois arpents de front, située sur la côte Saint-Jean, identifiée comme le lot no 263 dans le terrier de la côte Saint-Jean à Pointe-Claire, relevant du Séminaire de Saint-Sulpice.[17] Elle est bornée par les terres de Raymond Labrosse dit Bourguignon et celle promise à Philippe Brunet. La profondeur de la concession correspond à la moitié de la distance séparant les communes de la côte Saint-Jean et de la côte Saint-Charles.

Archives du Séminaire de Saint-Sulpice de Montréal. (s.d.). Plan terrier de l’île de Montréal [Carte manuscrite, cote P1E20-15]. Archives du Séminaire de Saint-Sulpice de Montréal.

Cette terre est concédée à titre de cens et rentes seigneuriales, avec les droits usuels de commune pour le pacage des animaux. En retour, François-Geoffroy s’engage à y construire une habitation dans l’année, à défricher le terrain, à entretenir les chemins et à moudre ses grains exclusivement aux moulins des Sulpiciens.

C’est donc au moulin de Pointe-Claire [18] — toujours visible aujourd’hui — que François-Geoffroy Vinet-Larente allait régulièrement porter ses récoltes pour les faire moudre, conformément aux obligations seigneuriales en vigueur à l’époque.

Bellemare, M. (2010). Moulin de Pointe-Claire, Pointe-Claire [Photographie]. Patrimoine du Québec. https://patrimoineduquebec.com/vent/moulin-de-pointe-claire-pointe-claire/

Il doit également clore la façade de sa terre et contribuer aux clôtures mitoyennes avec ses voisins. La redevance annuelle s’élève à dix sols et un demi-minot de blé froment par vingt arpents, ainsi qu’à sept sols six deniers pour le droit de commune, à verser chaque 11 novembre — jour de la Saint-Martin — date qui marquait la fin symbolique de l’année agricole en Nouvelle-France. C’était alors un moment privilégié pour la perception des cens et rentes, à la jonction entre le travail des champs et l’entrée dans la saison hivernale.

Les Sulpiciens se réservent plusieurs droits : récolter bois de charpente et pierres, prélever un arpent de bois debout au besoin, et racheter la terre par préférence en cas de vente. Le contrat interdit toute aliénation sans autorisation et prévoit la nullité de la concession en cas de manquement.

Il s’agit du premier établissement foncier personnel de François-Geoffroy à Pointe-Claire. L’évolution cadastrale de cette terre a fait l’objet d’une reconstitution approfondie dans le document intitulé « Lot 263 – Côte Saint-Jean – Reconstitution foncière et généalogique, (1723-1807) », qui retrace la trajectoire de cette terre — depuis sa concession en 1723 jusqu’à sa sortie de la lignée familiale en 1807 — sur plus de huit décennies, à partir des actes notariés, des recensements et des cartes anciennes.

    ii.      Vente des terres héritées avec sa sœur Marguerite (30 septembre 1723)

Quelques mois après avoir reçu sa concession sur la côte Saint-Jean, François-Geoffroy est également nommé dans un acte de vente notarié daté du 30 septembre 1723, bien qu’il soit encore mineur. L’acte, conclu par sa sœur Marguerite Vinet et son beau-frère Joseph Parent, concerne deux portions de terres situées à la côte de Lachine, héritées de leur oncle Guillaume Vinet-Larente et de leur grand-père Barthélémy Vinet-Larente. Il y est précisé que la vente est faite aussi au nom de François-Geoffroy, à charge pour lui de la ratifier à sa majorité.[19] Une analyse plus détaillée de cette transaction figure dans la section « La vente des terres de Lachine (30 septembre 1723) », chapitre I, section 1.c.i ci-dessus, intégrée à la partie consacrée à sa sœur Marguerite Vinet-Larente, où sont exposés les rôles respectifs de Marguerite, de son époux et de son frère François-Geoffroy dans cette cession familiale.

b.Mariage, établissement et descendance

Le 7 janvier 1730, François-Geoffroy conclut une convention de mariage sous seing privé avec Angélique Boisson-Saint-Onge, fille de Jean-Baptiste Boisson-Saint-Onge et de Marie-Anne Legros-Laviolette.[20] Tous deux résidant alors à Pointe-Claire.

L’acte, rédigé par le curé Jean-Baptiste Breuil de la paroisse Saint-Joachim, est reçu en présence de membres de la famille et d’amis, dont Jacques Lantier, époux de Cunégonde Vinet-Larente, tante de François-Geoffroy ; Louis Brisebois, son demi-frère ; Noël Legault, parrain de sa nièce Françoise Parent, Jean-Baptiste Legros, cousin par alliance de François-Geoffroy ainsi que Guillaume Parent, beau-frère de sa sœur Marguerite. L’acte sera officiellement insinué au registre des insinuations le 18 avril 1730.

Selon les termes de cette convention de mariage, François-Geoffroy apporte en communauté sa terre de trois arpents de front sur vingt-cinq de profondeur, située au lot 263 de la côte Saint-Jean, dont trois arpents sont déjà en valeur. Le couple établit une communauté de biens couvrant l’ensemble des biens présents et à venir acquis durant leur union. François-Geoffroy accorde également à sa future épouse un douaire de 100 écus ainsi qu’un préciput de 400 livres.

Le fait que seule une petite portion de cette terre soit en valeur laisse entendre que François-Geoffroy, bien qu’ayant reçu sa concession en 1723, n’en avait encore cultivé qu’une fraction au moment de son mariage, sept ans plus tard. Cela illustre à la fois les exigences du travail de la terre en régime seigneurial et les délais parfois nécessaires avant de pouvoir mettre en valeur une concession de manière significative.[21]

Le contrat mentionne également l’engagement de proches : madame Lanthier, que l’on peut identifier comme Cunégonde Vinet-Larente, fille de Barthélemy Vinet-Larente et d’Étiennette Alton, et tante de François-Geoffroy, promet de fournir gratuitement une pièce de toile à son neveu. [22] Guillaume Parent, quant à lui, s’engage à construire la moitié de la cheminée de la maison du couple ; il est le frère de Joseph Parent, époux de Marguerite Vinet-Larente, sœur de François-Geoffroy. Cette convention reflète l’importance de la solidarité familiale et du soutien communautaire dans la fondation d’un nouveau ménage.

Leur mariage religieux est célébré deux jours plus tard, le 9 janvier 1730, à la paroisse Saint-Joachim de Pointe-Claire.[23]

Le couple aura huit enfants, dont trois porteront la lignée jusqu’au XXIe siècle :

      • 🙍‍♀️Marie-Thérèse Angélique Amable (1730–1805), mariée à Michel Labrosse, donnera naissance à une descendance remarquable de 18 enfants;
      • 🙍‍♂️François-Marie (1733–<1797), marié à Angélique Prézeau-Gauthier, père de huit enfants;
      • 🙍‍♂️Guillaume-Amable (1735–1786), marié à Marie-Anne Jamme, aura sept enfants.

c. Une série de deuils familiaux (1751–1752)

Cinq autres enfants mourront en bas âge ou avant d’avoir eu une descendance : trois filles nommées 🙍‍♀️Marie-Madeleine (1737-1737), 🙍‍♀️Marie-Madeleine (1739-1751), 🙍‍♀️Marie-Josèphe (1743-1744), et deux garçons nommés 🙍‍♂️Barthélemy, l’un né en 1745, et l’autre, 🙍‍♂️Barthélemy Michel Amable, né en 1747 — tous deux décédés en 1751. En l’espace de seize jours, à l’automne 1751, trois de ces enfants — Marie-Madeleine, Barthélemy et Barthélemy Michel Amable — sont inhumés à Pointe-Claire, respectivement les 18 novembre, 27 novembre et 4 décembre.

Cette série de pertes constitue un grand deuil pour la famille, marquant une période de profonde vulnérabilité. À Pointe-Claire, où les Vinet-Larente vivaient sur une terre récemment mise en valeur, les conditions de vie étaient éprouvantes : maisons humides, hiver rigoureux, soins rudimentaires. Dans ce contexte, les épidémies infantiles faisaient des ravages emportant les plus jeunes.

d. Concession et vente de terres

Pour mieux comprendre le parcours familial et les fondements de l’établissement des Vinet-Larente à Pointe-Claire, il faut revenir quelques années en arrière.

i. Nouvelle concession à la côte de la PoiNte-Claire (23 juillet 1735)

Le 23 juillet 1735, François-Geoffroy reçoit du Séminaire de Saint-Sulpice une nouvelle concession, dite à la côte Saint-Rémy, dans la seigneurie de Montréal, à Pointe-Claire.[24]

La reconstitution du terrier effectuée par l’équipe de la Société pour la Sauvegarde du patrimoine, corroborée par la mention marginale de l’acte conservé aux archives des Sulpiciens en date du 23 février 1735, confirme qu’il s’agit des lots en continuation numérotés 180 et 181, localisés avec certitude sur la côte de la Pointe-Claire. Cette localisation contredit l’intitulé de l’acte, ainsi que certaines formulations internes, qui attribuent à tort ces lots à la côte Saint-Rémy.

L’acte est passé devant le notaire Joseph-Charles Raimbault, en présence des prêtres Jean Normant et François Chezé, agissant au nom du Séminaire de Paris, seigneurs de l’île de Montréal.

Cette terre, en continuation,[25] prolonge les lots 180 et 181 que sa mère, Marguerite André dite Saint-Michel, occupait déjà, consolidant ainsi la continuité du domaine familial sur la côte de la Pointe-Claire. La portion concédée à François Geoffroy mesure environ six arpents de front, bornée d’un côté à la continuation de Joseph Parent, son beau-frère, et de l’autre par Jean Madeleine dit Ladouceur, gendre de sa mère. Elle « tient par derrière » à la terre familiale, prolongeant ainsi l’implantation foncière des Vinet-Larente sur le territoire.

Archives du Séminaire de Saint-Sulpice de Montréal. (s.d.). Plan terrier de l’île de Montréal [Carte manuscrite, cote P1E20-15]. Archives du Séminaire de Saint-Sulpice de Montréal. Lots en continuation, numérotés 180 et 181, situés avec certitude sur la côte de la Pointe-Claire, concédés à François-Geoffroy Vinet-Larente le 23 février 1735 par les Sulpiciens.

Les conditions imposées sont typiques du régime seigneurial : construction obligatoire d’une habitation dans l’année, obligation de moudre son grain aux moulins seigneuriaux, défrichement complet de la terre, entretenir un chemin praticable devant sa propriété, participation aux clôtures mitoyennes, et paiement d’un cens annuel de dix sols et d’un demi-minot de blé froment. Le contrat réserve aussi aux seigneurs des droits d’usage sur les bois de charpente, pierres, sable, et autres matériaux, ainsi qu’un droit de retrait en cas de vente, et la possibilité d’occuper une partie du terrain pour la construction de moulins.

Il ne s’agit pas d’une concession entièrement nouvelle, mais plutôt d’une « reconcession » d’une terre précédemment occupée par sa mère – reçue en héritage de ses parents. L’acte de 1735 ne fait toutefois mention d’aucune transmission successorale à François-Geoffroy, ce qui laisse croire que la terre avait été retournée au domaine, — c’est-à-dire réintégrée aux terres seigneuriales non concédées, probablement en raison du non-respect des obligations seigneuriales, avant d’être concédée à nouveau — cette fois à son fils. François-Geoffroy ne l’hérite donc pas directement, mais en reprend la possession par voie de concession, assurant ainsi la continuité du patrimoine foncier familial dans ce secteur.

ii.  Donation familiale et pension viagère (13 janvier 1740)

Le 13 janvier 1740, François Geoffroy est nommé dans un acte de donation de ses parents, qui lui cèdent, ainsi qu’à ses demi-frères et sœurs, une terre familiale — les lots 180 et 181 de la côte de la Pointe-Claire — en contrepartie d’une pension viagère. En tant qu’enfant du premier lit, il n’est tenu que de la moitié de cette pension, et seulement durant la vie de sa mère, ce qui révèle une volonté d’équité dans le partage intergénérationnel. Ce partage prévoit que les enfants du premier lit, dont François Geoffroy, paient une moitié de la pension seulement, et uniquement pendant la vie de leur mère. Cette clause reflète une volonté d’équité dans le partage intergénérationnel, en tenant compte de la distinction entre les enfants issus des deux unions. Cette transaction sera examinée plus en détail dans la section intitulée « Une terre, une pension, une prière : au seuil de la vieillesse », dans la troisième partie de cette biographie.

iii. Deux ventes successives de la même terre (1743–1744)

À l’automne 1743, François-Geoffroy Vinet dit Larente prend la décision de vendre une terre de six arpents de front sur une profondeur non spécifiée. Il s’agit de la terre en continuation qu’il avait reçue par concession du Séminaire de Saint-Sulpice le 23 juillet 1735, située à la Pointe-Claire, sur l’île de Montréal. Cette propriété correspond aux lots numéros 180 C et 181 C, située sur la côte de la Pointe Claire à Pointe-Claire.[26] Cette terre est bornée à l’est par la terre des héritiers Brisebois, à l’ouest par celle de Joseph Parent, son beau-frère, au nord par celle de Charles Delorier, et à l’arrière par la veuve de Jean Letang.

1. Première vente — à Ambroise Dubois dit Brisebois (22 novembre 1743)

Le 22 novembre 1743, devant le notaire royal François Simonnet, François-Geoffroy vend cette terre à Ambroise Dubois dit Brisebois, habitant de la même paroisse.[27] Ambroise est son demi-frère utérin, fils de Jean-Baptiste Dubois dit Brisebois et de Marguerite André dite Saint-Michel, remariée après la mort de François Vinet, père du François-Geoffroy.

Le prix est de 700 livres, réparties en :

      • 300 livres en argent ayant cours dans le pays ;
      • 400 livres en nature : blé, pois, bœufs et lard « loyaux et marchands », aux prix courants.

Ce paiement devait être échelonné sur neuf années, en neuf versements égaux de 77 livres 15 sols 6 deniers, le premier échéant un an après la signature, le 22 novembre 1744, le dernier en 1752. Parmi les conditions spécifiques, on note que :

      • François-Geoffroy se réserve le droit de fauchage à moitié pendant quatre ans sur la prairie, à condition que l’acquéreur lui fournisse deux journées d’homme par an ;
      • L’acte stipule la remise de l’original de l’acte de concession de 1735 au moment du paiement final.

En parallèle de la vente foncière, l’acte contient une cession de droits mobiliers et immobiliers sur une autre terre de Pointe-Claire, détenue en indivision avec ses frères et sœurs, issue de la succession de leur mère Marguerite André dite Saint-Michel, à l’acquéreur, Ambroise Dubois-Brisebois. Cette cession comprend :

      • Les fruits et revenus de la terre familiale ;
      • Les droits indivis de la succession ;
      • La clause selon laquelle Ambroise s’engage à acquitter les dettes familiales afférentes à cette part ;
      • L’obligation de verser chaque année à Marguerite André sa pension viagère, qui incombe aux enfants en vertu de la donation faite le 13 janvier 1740.

L’acte prévoit enfin une clause d’hypothèque spéciale sur la terre vendue, et générale sur tous les biens meubles et immeubles d’Ambroise Dubois, pour garantir le paiement du prix, des pensions et des dettes. Il est stipulé que l’épouse du vendeur, Angélique Boisson, devra ratifier l’acte et s’obliger solidairement aux garanties.

Cependant, cette ratification ne sera jamais produite. Et le 24 janvier 1744, devant les mêmes notaires, les deux parties comparaissent de nouveau pour résilier officiellement l’acte. La vente est annulée « comme non faite ni advenue », sans frais ni indemnité, et chacun retourne à sa situation initiale.

2. Deuxième vente — à Joseph Legault dit Deslauriers (24 janvier 1744)

Le même jour que la résiliation, le 24 janvier 1744, [28] François-Geoffroy conclut un nouvel acte de vente avec Joseph Legault dit Deslauriers, habitant de Pointe-Claire, pour la même terre et dans des conditions similaires sur le fond… mais assouplies sur plusieurs plans. Joseph est l’époux de Suzanne Dubois dite Brisebois, fille de Marguerite André et de Jean-Baptiste Dubois, et donc le demi-beau-frère de François-Geoffroy.

Le prix de vente est réduit à 500 livres, toujours payables en argent et denrées (blé, pois, lard), cette fois en huit versements annuels de 62 livres 10 sols. Le premier est dû un an après la signature, soit le 24 janvier 1745. Une clause accorde à l’acquéreur, Joseph Legault, un délai de grâce d’un an s’il n’est pas en mesure d’honorer le dernier paiement.

Les conditions d’usage sont analogues :

      • La vente comprend la terre dans ses bornes, avec ses « dépendances, bois debout, prairies et déserts » ;
      • L’acquéreur déclare connaître les lieux pour les avoir vus et visités ;
      • François-Geoffroy se réserve uniquement le droit de fauchage pendant deux ans, sans obligation de journées de travail de la part de l’acquéreur ;
      • Le vendeur promet la remise de l’original de l’acte de concession de 1735 après paiement complet.

Comme dans le contrat précédent, François-Geoffroy cède également ses droits successoraux sur la terre familiale à la Pointe-Claire, y compris sa part de pension viagère à verser à sa mère. Il subroge Joseph Legault dans tous ses droits, créant les mêmes obligations qu’à Ambroise Dubois. L’acte stipule que l’acquéreur devra acquitter les dettes éventuelles liées à cette succession, et verser à Marguerite André sa pension annuelle, solidairement avec les héritiers.

Enfin, pour garantir l’exécution des clauses, l’acte prévoit une hypothèque spéciale sur la terre ainsi que générale sur tous les biens présents et futurs de Joseph Legault.

Cette fois, cette transaction suit son cours : le 28 octobre 1745, Angélique Boisson, épouse de François-Geoffroy, se présente devant notaire pour ratifier officiellement l’acte, et s’obliger solidairement aux garanties. Le 31 juillet 1750, François-Geoffroy déclare avoir reçu la totalité du prix, et délivre une quittance finale à Joseph Legault dit Deslauriers.

📌 Pourquoi Ambroise Dubois dit Brisebois s’est-il retiré de la vente ?

La vente conclue le 22 novembre 1743 entre François-Geoffroy Vinet dit Larente et son demi-frère utérin Ambroise Dubois dit Brisebois ne fut jamais ratifiée et fut officiellement résiliée deux mois plus tard, le 24 janvier 1744, sans indemnité. Plusieurs éléments suggèrent que ce retrait s’inscrit dans une dynamique familiale et juridique complexe :

🔸 Une charge émotionnelle et successorale difficile à porter
En vendant une terre impliquant des droits indivis sur la succession de leur mère, François-Geoffroy transférait à Ambroise — leur demi-frère — l’obligation d’acquitter sa part de pension viagère à Marguerite André, leur mère commune. Ce double lien, familial et contractuel, pouvait peser lourd dans une transaction déjà émotionnellement chargée.

🔸 Un contrat initial plus contraignant
Le premier acte imposait à l’acquéreur :

      • un prix plus élevé (700 livres, contre 500 livres dans le second acte) ;
      • un engagement sur neuf ans ;
      • un droit de fauchage à moitié pendant quatre ans, avec obligation de fournir deux journées d’homme par an ;
      • et la ratification solidaire de l’épouse du vendeur, qui ne sera jamais produite.

Ces conditions pouvaient être perçues comme déséquilibrées, voire inacceptables pour Ambroise, ou encore contestées dans le cadre conjugal.

🔸 Un contexte juridique plus favorable au second acquéreur
Le second contrat, conclu avec Joseph Legault dit Deslauriers, beau-frère de François-Geoffroy, présentait :

      • des conditions allégées (prix réduit, absence de corvée, échéancier plus court) ;
      • un acquéreur moins directement impliqué dans les tensions éventuelles ;
      • une structure juridique stabilisée, avec ratification effective et paiement complété jusqu’à la quittance finale.

Ces ajustements ne sont pas destinés à rendre la vente acceptable à Ambroise, mais bien à changer d’interlocuteur, en évitant les blocages rencontrés.

🔸 Une hypothèse plausible : un retrait motivé par une impasse relationnelle
Le retrait d’Ambroise peut s’interpréter comme la conséquence d’un différend discret — peut-être conjugal, peut-être fraternel — que les parties ont choisi de contourner plutôt que de résoudre. En détournant la transaction vers un autre membre de la parenté, François-Geoffroy écarte une situation potentiellement conflictuelle, en évitant l’affrontement direct.

✅ Conclusion

L’échec de la première vente et la reconfiguration des conditions dans la seconde ne traduisent pas une simple volonté d’apaisement, mais plutôt une rupture dans le processus initial. La baisse du prix, la suppression des corvées, et surtout l’absence persistante de ratification par l’épouse dans le premier acte, suggèrent que des tensions, peut-être entre conjoints ou entre demi-frères, ont conduit au retrait d’Ambroise Dubois dit Brisebois. L’assouplissement des clauses dans le second contrat ne visait pas à réconcilier les parties, mais à permettre la conclusion d’une vente avec un tiers mieux positionné dans l’équilibre familial et juridique. Il s’agit non d’un compromis, mais d’un repli stratégique, et d’une redirection des obligations successorales vers un cadre relationnel plus viable.

 e. Avancements d’hoirie et gestion successorale (1756-1757)

François-Geoffroy soutient sa fille aînée dans sa vie conjugale. Dans un acte distinct daté du 27 septembre 1756, [29] il reconnaît avoir remis à sa fille aînée, Marie-Thérèse Angélique Vinet-Larente, épouse de Michel Labrosse, une somme de 200 livres à titre d’avancement d’hoirie, payable en deux versements de 100 livres chacun, dont le premier au moment de la déclaration, et le second à être payé à la Saint-Michel suivante. Cet acte de déclaration vise aussi à garantir l’équité envers ses autres enfants en s’assurant par écrit devant notaire, que cet avancement sera déduit de sa part d’héritage au décès de ses parents.

Le 19 avril 1757, comme mentionné précédemment, François Geoffroy, agissant à titre de tuteur des enfants mineurs de sa sœur Marguerite Vinet et de Joseph Parent, son époux dresse un compte de gestion complet devant notaire, précisant les sommes recueillies de la succession, les dettes réglées, et les parts à distribuer.[30] Ce document offre un aperçu rare et précis de ses responsabilités et de son souci d’équité.

f. Transferts patrimoniaux et renoncements (1758–1759)

Le 10 novembre 1758, François-Geoffroy achète pour 800 livres les droits successoraux de sa nièce Marie-Anne Parent, fille de Joseph Parent et de Marguerite Vinet-Larente.[31] L’acte précise que cette dernière lui cède tous ses droits mobiliers et immobiliers dans la succession de ses parents, tant en biens fonciers qu’en meubles, effets ou actions. En contrepartie, François-Geoffroy s’engage à assumer toutes les dettes et obligations liées à la succession, y compris les frais funéraires. Une procuration, jointe au contrat, autorise Marie-Anne Parent — par l’intermédiaire de son mari, Sébastien Rodrigue — à récupérer auprès de son oncle les sommes d’argent issues de la succession de son père, avec approbation préalable de ses décisions. Cette procuration est signée à Soulanges par le missionnaire récollet Joseph Carpentier, et ratifiée par Sébastien Rodrigue le 20 novembre.

Un mois plus tard, le 20 décembre 1758, François-Geoffroy verse à Pierre Courville dit Desmarets, au nom de son épouse Françoise-Amable Parent, une somme de 300 livres, correspondant à un legs prévu par le testament de Joseph Parent.[32] Ce paiement, effectué à titre de tuteur des enfants mineurs de la famille, montre que François-Geoffroy exerce un rôle central dans la gestion de la succession Parent, à la fois comme acquéreur de droits successoraux et comme liquidateur officieux de certaines obligations testamentaires. Cette opération complète la série d’actes liés à la gestion des biens de la famille Parent.

Le 23 février 1759, François-Geoffroy procède à un nouvel acte de transmission familiale en vendant à son fils Guillaume-Amable Vinet dit Larente tous les droits qu’il détient dans la succession de sa défunte épouse, Angélique Boisson.[33] Le contrat, passé devant Me Gervais Hodiesne, porte sur l’ensemble des biens mobiliers et immobiliers situés à la côte Saint-Jean — lot 263 — revenant à François-Geoffroy en tant que conjoint survivant. Il y est précisé que ces biens correspondent à un tiers de la succession d’Angélique Boisson, ce qui laisse supposer que les deux autres parts reviennent à leurs enfants survivants, François-Marie et Marie-Thérèse Angélique — cette dernière étant la seule fille encore en vie à cette date. L’acte mentionne également que François-Marie, leur fils aîné, avait reçu antérieurement des bestiaux et meubles de valeur, qu’il supplie de ne pas inclure dans un futur partage successoral. En retour, il renonce formellement à toute prétention sur la succession de son père et cède ses droits à son frère Guillaume-Amable. Ce renoncement, exprimé comme un geste volontaire de conscience, est accepté sans réserve et consigné dans l’acte.

Cette transaction marque l’aboutissement d’un processus de restructuration patrimoniale entrepris par François-Geoffroy au cours des années précédentes : après avoir racheté les droits successoraux de ses nièces (1758), réglé certains legs issus de la succession Parent (1758), puis remis des biens à ses enfants, il organise ici le transfert final des biens familiaux à son plus jeune fils. En officialisant ce partage et en obtenant une quittance générale de la part de François-Marie, il met en ordre les obligations passées et prépare sereinement la transmission des biens à la génération suivante. Ce dernier acte marque l’aboutissement d’un processus de transmission réfléchi, dans lequel François-Geoffroy a su répartir équitablement les droits et obligations entre ses enfants, tout en réglant les affaires successorales des générations précédentes. Ayant ainsi préparé le passage du flambeau, il peut désormais envisager une nouvelle étape de sa vie, plus personnelle : celle d’un remariage tardif, survenu quelques mois à peine après ce dernier contrat.

g. Remariage tardif et fin de vie (1759–1760)

Au terme d’un long veuvage de six ans — depuis le décès de son épouse Angélique Boisson-Saint-Onge en 1753 — et après avoir méthodiquement organisé la transmission de ses biens à ses enfants, François-Geoffroy Vinet dit Larente entame une dernière étape de sa vie. Le 19 novembre 1759,[34] à l’âge de 56 ans, il se remarie à Sainte-Geneviève avec Marie-Françoise Thibault-Léveillé, fille de Pierre Thibault dit Léveillé et de Marguerite Bizeu-Larose et veuve de Pierre Saint-Pierre dit Brayer, fils de Martin Brayer et de Marguerite Lecours, qu’elle avait épousée à Pointe-Claire en 1739.

Ce mariage est célébré après l’obtention d’une dispense d’un ban et d’une dispense d’affinité spirituelle. Cette dispense d’affinité spirituelle est requise parce que François-Geoffroy est le parrain de trois enfants issus du premier mariage de sa nouvelle épouse : Guillaume, François et Marie-Françoise Brayer. Le couple n’aura pas d’enfant.

✝️ La dispense d’affinité spirituelle dans le mariage canonique

Selon les prescriptions du droit canonique en vigueur, le lien d’affinité spirituelle naît du sacrement du baptême : le parrain ou la marraine établit une parenté spirituelle avec leur filleul(e). Ce lien constitue un empêchement dirimant, c’est-à-dire un empêchement qui, sans dispense préalable, rendrait le mariage invalide et pourrait conduire à son annulation par un tribunal ecclésiastique.[35]

Dans de tels cas, une autorisation spéciale devait être sollicitée avant la célébration du mariage.

Dans le cas de François-Geoffroy Vinet-Larente, cette formalité était nécessaire : en tant que parrain de trois enfants issus du premier mariage de sa future épouse, il devait obtenir une dispense d’affinité spirituelle pour que leur union soit valide aux yeux de l’Église.

Marie-Françoise connaîtra un parcours conjugal exceptionnel, marqué par quatre unions. Après le décès de François-Geoffroy, survenu moins d’un an après leur mariage, elle épouse en troisièmes noces Pierre Larocque dit Rocbrune, le 5 juillet 1762, puis, plus de trente ans plus tard, Joseph Bertrand, le 28 juillet 1794, toujours à Sainte-Geneviève. [36] Elle survivra à tous ses époux et s’éteindra le 23 août 1802, à l’âge remarquable de 80 ans. Sa longévité et sa capacité d’adaptation illustrent la résilience des femmes de son époque, à travers les bouleversements de la vie familiale, de la colonie française à la société canadienne sous régime britannique.

François-Geoffroy meurt le 30 mars 1760, à Sainte-Geneviève, à l’âge de 56 ans — seulement quatre mois après son remariage — et y est inhumé deux jours plus tard. [37] Sa descendance nombreuse a largement contribué à perpétuer la lignée des Vinet-Larente dans la région montréalaise et au-delà.

En conciliant ses responsabilités familiales, ses engagements fonciers et son rôle de tuteur, François-Geoffroy incarne le modèle du laboureur enraciné, garant de la continuité patrimoniale et sociale de sa lignée.

Un article distinct sera consacré à la vie et à la descendance de François Geoffroy Vinet-Larente, afin de mieux illustrer son rôle dans la continuité familiale et l’établissement de la lignée au XVIIIe siècle.

🔸 Vers le troisième volet : Marguerite André au seuil de la vieillesse

Marguerite et François-Geoffroy Vinet-Larente ont assuré, chacun à leur manière, la continuité d’un héritage familial profondément enraciné à Pointe-Claire. Mais cette continuité n’aurait été possible sans les gestes posés en amont, dans les années qui ont suivi la mort prématurée de François Vinet dit Larente en 1703. C’est à sa veuve, Marguerite André, que revient le rôle essentiel de maintenir l’équilibre patrimonial et de préparer la transmission aux générations suivantes.

Le troisième article s’attardera donc à cette figure centrale, en examinant les derniers actes et les stratégies successorales mises en œuvre dans les décennies qui ont suivi. De la gestion des biens de son époux décédé à l’organisation méthodique des donations intergénérationnelles, Marguerite André incarne le lien vivant entre mémoire familiale, administration foncière et transmission durable. Ce dernier volet viendra clore le cycle biographique par l’étude des gestes concrets posés « au seuil de la vieillesse» — entre prudence, piété et fidélité aux disparus.

Pour citer cet article

Harold Larente©2025, « 26 – Biographie de François Vinet dit Larente, époux de Marguerite André dite Saint-Michel (Partie 2): Le parcours de leurs enfants : Marguerite et François-Geoffroy Vinet-Larente », Histoire et généalogie des Vinet dit Larente, publié le 11 mai 2025.[1] Registre des baptêmes, mariages et sépultures de la paroisse Saint-Joachim de Pointe-Claire, Marguerite Vinet-Larente, 13 juin 1701

[2] 7 janvier 1721, Contrat de mariage entre Étienne-Joseph Parent, de la paroisse des Saints-Anges de Lachine, fils de Mathurin Parent, maître charpentier, et de Jeanne Boucher, de la côte Saint-Pierre ; et Marguerite Vinet, 20 ans, fille de feu François Vinet et de Marguerite André, de Saint-Michel, notaire Michel Lepailleur de Laferté [1701–1732], ANQ-M (aujourd’hui BAnQ), microfilm M-620.1324.

[3] Registre des baptêmes, mariages et sépultures de la paroisse Saint-Joachim de Pointe-Claire, Mariage de Joseph Parent et Marguerite Vinet-Larente, 13 janvier 1721.

[4] Barbe Rapin est identifiée dans le PRDH (Fiche famille N° 3077) comme fille d’André Rapin et de Clémence Jarry, famille bien implantée à Lachine.

[5] 30 septembre 1723, Vente de la moitié d’une terre située à la côte de Lachine; par Joseph Paran et Marguerite Vinet, son épouse, de la côte de la Pointe Claire, et François Vinet, frère de ladite Vinet, Jean-Baptiste Chenie et Barbe Rapin, son épouse, notaire Pierre Raimbault [1697-1727], Disponible en ligne sur FamilySearch à l’adresse : https://www.familysearch.org/ark:/61903/3:1:3Q9M-CS5V-W7NL-8?cat=675517&i=2179&lang=fr , images 2180 à 2182.

[6] 26 mai 1686, Concession de terre; par le Séminaire de St-Sulpice de Montréal, procureur du Séminaire de St-Sulpice de Paris, seigneur et propriétaire de l’île de Montréal, à Guillaume Vinet et François Vinet, frères, Barthélemy Vinet dit Larante, habitant, de Lachine en l’île de Montréal, leur père acceptant pour eux, notaire Hilaire Bourgine [1685 – 1690], ANQ-M (maintenant BAnQ). Cette terre est voisine de celle du défunt père de Barbe Rapin, André Rapin.

[7] Le lien précis entre elle et Guillaume Vinet, dont elle apparaît pourtant comme cohéritière dans l’acte de 1723, reste à éclaircir. Il pourrait s’agir d’un lien indirect, par alliance ou via un partage antérieur non encore retracé.

[8] 13 janvier 1740, Cession d’une terre située à la Pointe Claire; par Jean-Baptiste Dubois dit Brisebois, habitant et Marguerite André dit St Michel, son épouse, de la Pointe Claire en l’île de Montreal, épouse antérieure de François Vinet dit Larente, à Etienne-Joseph Parant et Marguerite Vinet, son épouse, de la Pointe Claire, François-Geoffroy Vinet dit Larente, de la Pointe Claire, Louis Brisebois, de la côte des Vertus, île de Montréal, Joseph Legus, époux actuel de Suzanne Dubois, de la côte des Vertus, île de Montréal, Jacques Brisebois, de Ste Genevieve, Ambroise Brisebois, de la Pointe Claire, Jacques-Toussaint Brisebois (22 ans), de la Pointe Claire, Jean-Baptiste Lamagdelaine dit Ladouceur, époux actuel de Dorothée Brisebois, de Ste Anne du bout de l’île de Montreal, et Pierre Legod dit Deslorier et Marianne-Clémence Brisebois, son épouse, de Ste Genevieve, leurs enfants, notaire François Simonnet [1737-1778], ANQ-M (maintenant BAnQ), M-620.142.

[9] Registre des baptêmes, mariages et sépultures de la paroisse Saint-Joachim de Pointe-Claire, Marguerite Vinet-Larente, 13 juin 1701, disponible en ligne à l’adresse : https://www.genealogiequebec.com/Membership/LAFRANCE/img/acte/118373 .

[10] BAnQ Vieux-Montréal. (1756, 2 juillet). Tutelle des enfants mineurs de feu Marguerite Vinet [Larente] et de Joseph Parent (Fonds Cour supérieure, district judiciaire de Montréal, Tutelles et curatelles, cote 06M, CC601, S1, SS1, D2477) et BAnQ Vieux-Montréal. (1757, 4 février). Tutelle des enfants mineurs des défunts Joseph Parent et Marguerite Vinet Larente (Fonds Cour supérieure, district judiciaire de Montréal, Tutelles et curatelles, cote 06M, CC601, S1, SS1, D2548).

[11] 19 avril 1757, Compte rendu par François Vinet dit Larente, de la côte St Jean, paroisse de la Pointe Claire, au nom et comme tuteur des enfants mineurs des défunts Joseph Parent, habitant et Marguerite Vinet, de la Pointe Claire, à Jean-Baptiste Barbarie dit Grandmaison et Marie-Thérèse Parent, son épouse, fille desdits défunts, notaire Gervais Hodiesne [1740-1764], ANQ-M (maintenant BAnQ), M-620.109.

[12] 20 novembre 1758, Quittance de Pierre Courville dit Desmarets, habitant, des coteaux St Pierre près et paroisse de la ville de Montreal, à François Vinet dit Larente, habitant, de la Pointe Claire, au nom et comme tuteur des enfants mineurs de feu Joseph Parent, notaire Gervais Hodiesne [1740-1764], ANQ-M (maintenant BAnQ), M-620.110.

[13] Registre des baptêmes, mariages et sépultures de la paroisse Saint-Joachim de Pointe-Claire, François Vinet-Larente, 18 janvier 1703, disponible en ligne à l’adresse : https://www.genealogiequebec.com/Membership/LAFRANCE/img/acte/14630

[14] Cette épidémie est désignée à l’époque sous plusieurs appellations telles que « petite vérole » ou « picote ». Selon l’analyse démographique de Bertrand Desjardins et Rénald Lessard, citée par Gilles Vandal, environ 1300 personnes meurent dans l’ensemble de la colonie en raison de cette épidémie. En 1703, le nombre total de décès dans la colonie est trois fois supérieur à la moyenne des années précédentes et 4,7 fois plus élevé qu’en 1701. Comme la Nouvelle-France compte alors entre 18 000 et 19 000 habitants, ces 1300 décès représentent un peu plus de 6,5 % de la population d’origine européenne. Par exemple, au village de Lachine, 21 habitants sur environ 200 meurent de la variole, soit un taux de mortalité supérieur à 10 %. Source : Gilles Vandal, « L’épidémie de variole de 1702-1703 en Nouvelle-France », Le Nouvelliste, 14 octobre 2020 (mis à jour le 7 février 2023), https://www.lenouvelliste.ca/2020/10/15/lepidemie-de-variole-de-1702-1703-en-nouvelle-france-dbaeac86236f60639a2c8db9800f06e2/  (consulté le 29 mars 2025). Gilles Vandal est historien et professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.

[15] Registre des baptêmes, mariages et sépultures de la paroisse Saint-Joachim de Pointe-Claire, François-Geoffroy Vinet-Larente, 21 juin 1703, disponible en ligne à l’adresse : https://www.genealogiequebec.com/Membership/LAFRANCE/img/acte/13705

[16] 22 mars 1723, Concession d’une terre à la côte Saint-Jean en l’île de Montréal; par le Séminaire de Saint-Sulpice de Montréal, seigneur propriétaire de l’île de Montréal, à François Vinet dit Larente, de la Pointe-Claire, en l’île de Montréal, notaire Pierre Raimbault [1697-1727], ANQ-M (maintenant BAnQ), M-620.1245.

[17] Le lot n° 263 de la côte Saint-Jean a été identifié dans le cadre d’un important projet de reconstitution foncière mené par la Société pour la Sauvegarde du Patrimoine de Pointe-Claire (SSPPC), sous la direction de Claude Arsenault. Claude a réalisé l’essentiel du travail de reconstitution du terrier, à partir des actes notariés transcrits par Jules Guérard, dont le travail de paléographie couvre plus de 4 300 actes. Yves Blondin s’est joint au projet par la suite pour contribuer à l’analyse foncière des cas recensés — notamment en traitant les cas problématiques — et pour assurer la cohérence cartographique de l’ensemble. J’ai, pour ma part, contribué à structurer tous les actes dans une base de données, facilitant ainsi leur repérage et leur exploitation.

[18] Le Moulin à vent de Pointe-Claire, construit en 1710 par les prêtres sulpiciens, est l’un des rares moulins à vent encore existants en Amérique du Nord. Il témoigne de l’importance de la meunerie dans l’organisation seigneuriale, notamment par l’imposition de la banalité des moulins aux censitaires. En février 2025, un bail de 50 ans a été conclu avec la Société pour la Sauvegarde du Patrimoine de Pointe-Claire, qui en est désormais locataire et fiduciaire. L’organisme y entreprend des travaux de restauration et prévoit d’y tenir des activités éducatives, culturelles et touristiques. Voir : https://patrimoinepointeclaire.org.

[19] 30 septembre 1723, Vente de la moitié d’une terre située à la côte de Lachine; par Joseph Paran et Marguerite Vinet, son épouse, de la côte de la Pointe Claire, et François Vinet, frère de ladite Vinet, Jean-Baptiste Chenie et Barbe Rapin, son épouse, notaire Pierre Raimbault [1697-1727], Disponible sur FamilySearch à l’adresse : https://www.familysearch.org/ark:/61903/3:1:3Q9M-CS5V-W7NL-8?cat=675517&i=2179&lang=fr , images 2180 à 2182.

[20] 7 janvier 1730, L’acte a été insinué le 18 avril 1730. Convention de mariage entre François Vinet, de la paroisse de la Pointe Claire, fils de François Vinet et de Marguerite St Michel dit André; et Angélique Boisson, de la paroisse de la Pointe Claire, fille de Jean-Baptiste Boisson et de Marianne Legros, Sous seing privé, ANQ-M (maintenant BAnQ), Cour supérieure, Registre des insinuations, CR601,S1.

[21] Le régime seigneurial imposait aux censitaires des obligations précises : construire une habitation, tenir feu et lieu, et défricher rapidement la terre concédée. Dans la pratique, toutefois, le rythme du défrichement était souvent progressif, étalé sur plusieurs années, voire décennies, selon les ressources du foyer, la disponibilité de main-d’œuvre, les priorités familiales et la qualité du sol. Bien que les seigneurs rappelaient régulièrement ces obligations, les actes notariés laissent entrevoir une certaine tolérance, notamment lorsque les censitaires manifestaient leur intention de mise en valeur ou lorsqu’ils procédaient à la revente des concessions à des tiers susceptibles d’en poursuivre l’exploitation. Voir notamment : Marcel Trudel, Le régime seigneurial (P.U.L., 1971), p. 64–67 ; Allan Greer, Peasant, Lord and Merchant: Rural Society in Three Quebec Parishes 1740–1840 (University of Toronto Press, 1985), p. 25–27 .

[22] Sur Cunégonde Vinet dite Larente, voir mes deux articles publiés sur le blogue Histoire et généalogie des Vinet dit Larente :

« Cunégonde Vinet dite Larente, la fille aînée de Barthélemy Vinet dit Larente » (13 mars 2023) ;

« Cunégonde Vinet dite Larente : une sage-femme de son temps ? » (3 février 2025).

[23] Registre des baptêmes, mariages et sépultures de la paroisse Saint-Joachim de Pointe-Claire, Mariage de François-Geoffroy Vinet-Larente et Angélique Boisson-Saint-Onge, 9 janvier 1730, disponible en ligne à l’adresse : https://www.genealogiequebec.com/Membership/LAFRANCE/img/acte/117986

[24] 23 juillet 1735, Concession d’une continuation de terre située à la Pointe Claire; par le Séminaire de St-Sulpice de Montréal, procureur du Séminaire de St-Sulpice de Paris, seigneur et propriétaire de l’île de Montréal et St-Sulpice, à François Vinet dit Larante, notaire Joseph-Charles Raimbault de Piedmont [1727-1737], ANQ-M (maintenant BAnQ), M-620.282.

[25] La continuation désigne, dans le régime seigneurial de la Nouvelle-France, une portion de terre située à l’arrière d’une terre concédée en premier rang — généralement perpendiculaire à un cours d’eau ou un chemin — et habituellement attribuée au même censitaire à titre d’augmentation. Elle prolonge la concession initiale en respectant ses limites latérales.

[26] 22 novembre 1743, [L’acte comprend une résiliation du contrat le 24 janvier 1744], À l’automne 1743, François-Geoffroy Vinet dit Larente prend la décision de vendre une terre de six arpents de front sur une profondeur non spécifiée, située à la Pointe-Claire, qu’il avait reçue par concession le 23 juillet 1735 de Messieurs les Sulpiciens, seigneurs de l’île de Montréal, paroisse de la Pointe Claire, à Ambroise Dubois dit Brisebois, de la Pointe Claire, notaire François Simonnet [1737-1778], FamilySearch, Disponible en ligne sur FamilySearch à l’adresse : https://www.familysearch.org/ark:/61903/3:1:3Q9M-CSTC-JS79-Z?cat=529340&i=1200&lang=fr , images 1201 à 1205.

[27] Ibid., acte du 22 novembre 1743, résiliation incluse (24 janvier 1744), images 1201–1205.

[28] 24 janvier 1744, Vente d’une terre située à la Pointe Claire; par François Vinet dit Larente, de la côte St Jean, île de Montreal, paroisse de la Pointe Claire, à Joseph Leguau dit Delaurier, de la Pointe Claire, notaire François  Simonnet [1737-1778], ANQ-M (maintenant BAnQ), M-620.144; Aussi disponible en ligne sur FamilySearch à l’adresse : https://www.familysearch.org/ark:/61903/3:1:3Q9M-CSTC-JS73-D?cat=529340&i=1313&lang=fr , images 1314 à 1318.

[29] 27 septembre 1756, Déclaration par François Vinet dit Larente, habitant et Angélique Boisson, son épouse, de la Pointe Claire, notaire Gervais Hodiesne, [1740-1764], ANQ-M (maintenant BAnQ), M-620.109.

[30] 19 avril 1757, Compte rendu par François Vinet dit Larente, de la côte St Jean, paroisse de la Pointe Claire, au nom et comme tuteur des enfants mineurs des défunts Joseph Parent, habitant et Marguerite Vinet, de la Pointe Claire, à Jean-Baptiste Barbarie dit Grandmaison et Marie-Thérèse Parent, son épouse, fille desdits défunts, notaire Gervais Hodiesne, [1740-1764], ANQ-M (maintenant BAnQ), M-620.109.

[31] 10 novembre 1758, Vente de tous droits successifs mobiliers et immobiliers; par Marie-Anne Parent, épouse actuelle de Sébastien Rodrigue, habitant, de Soulange, à François Vinet dit Larente, habitant, de la paroisse de la Pointe Claire, son oncle, notaire Gervais Hodiesne [1740-1764], ANQ-M (maintenant BAnQ), M-620.110.

[32] 20 novembre 1758, Quittance de Pierre Courville dit Desmarets, habitant, des coteaux St Pierre près et paroisse de la ville de Montreal, à François Vinet dit Larente, habitant, de la Pointe Claire, au nom et comme tuteur des enfants mineurs de feu Joseph Parent, notaire Gervais Hodiesne [1740-1764], ANQ-M (maintenant BAnQ), M-620.110.

[33] 23 février 1759, Vente de droits successifs mobiliers et immobiliers situés à la côte St Jean; par François Vinet dit Larente, habitant, de la paroisse Ste Genevieve, à Guillaume Vinet dit Larente, son frère, et François Vinet dit Larente, de la côte St Jean, son père, stipulant et acceptant pour lui, notaire Gervais Hodiesne [1740-1764], ANQ-M (maintenant BAnQ), M-620.110.

[34] Registre des baptêmes, mariages et sépultures de la paroisse Sainte-Geneviève, Sainte-Geneviève (Pierrefonds), François-Geoffroy Vinet-Larente, 19 novembre 1759,

[35]  En Nouvelle-France, le tribunal ecclésiastique, également appelé officialité, était chargé de rendre la justice au nom de l’évêque. Dirigé par un prêtre appelé official ou vicaire judiciaire, ce tribunal traitait principalement des affaires spirituelles, notamment les causes matrimoniales, telles que les demandes de dispense ou les déclarations de nullité de mariage. En cas d’empêchement dirimant non levé, comme l’affinité spirituelle, le tribunal pouvait prononcer l’annulation du mariage, le déclarant invalide aux yeux de l’Église. Voir : https://fr.wikipedia.org/wiki/Officialit%C3%A9

[36] PRDH, Fiche individu, n° 102671, Marie-Françoise Thibault-Léveillé, consulté le 3 avril 2025, https://www-prdh-igd-com.res.banq.qc.ca/Membership/fr/PRDH/Individu/102671

[37] Registre des baptêmes, mariages et sépultures de la paroisse Sainte-Geneviève, Sainte-Geneviève (Aujourd’hui Pierrefonds), 1 avril 1760.

5 réflexions sur « 27 – Biographie de François Vinet dit Larente, époux de Marguerite André dite Saint-Michel (Partie 2) »

  1. Je vous remercie du fond du coeur pour votre grande générosité.

    Vos recherches sont précises, vos textes sont des petits bijoux.

    Encore une fois, merci.

    1. Un immense merci pour ces mots qui me touchent sincèrement.
      Je suis très heureux que mes recherches et mes textes vous plaisent. Ce genre de retour est une belle source de motivation pour poursuivre ce travail de mémoire et de partage.
      Merci encore pour votre générosité et votre appréciation.

  2. Harold,
    L’article # 27 sur François Vinet dit Larente, époux de Marguerite André dite Saint-Michel (2e partie), présente ton histoire ancestrale en établissement une synopsis précise vers où tes recherches t’ont conduit. Avec les documents laissés, à la fois dans les archives sulpiciennes des seigneurs de l’île de Montréal, dans les greffes notariés de l’île, dans les archives judiciaires de la Nouvelle-France, tu as minutieusement décortiqué les contrats souvent contraignants dans leurs formulations en les rendant plus accessibles aux lecteurs. Tu as procédé à une analyse chirurgicale en y ajoutant les motivations et les réticences des uns et des autres, en soulevant les conflits familiaux ouverts ou dissimulés chez certains, en imaginant les émotions souvent contenues pour maintenir l’équilibre dans le clan familial. C’est un travail brillant et précieux pour les descendants des Vinet dit Larente de Pointe-Claire. Même les petites gens ont une histoire qui leur est propre dans leur quotidien et parfois, on les retrouve dans des événements majeurs que la Nouvelle-France a traversés. Quelle chance qu’au Québec, ses archives furent en grande partie protégées, lors de nos guerres coloniales, par les belligérants qui en prônaient le respect.

    Yves Blondin, Montréal.

    1. Bonjour Yves,

      Merci infiniment pour ton commentaire si généreux et si finement formulé. Tu as parfaitement saisi l’esprit dans lequel cet article a été rédigé : une volonté d’exhumer, à travers les méandres des archives notariales et judiciaires, les gestes concrets et les silences éloquents d’une famille ordinaire, mais ancrée dans les enjeux plus vastes de la colonie.

      Tu touches juste en évoquant ces « émotions souvent contenues » et ces « conflits familiaux ouverts ou dissimulés » : ce sont justement ces tensions à la fois humaines et historiques que je cherche à faire émerger. Derrière chaque clause notariale se cache une intention, un compromis, parfois une blessure — et c’est ce va-et-vient entre le document et la vie que j’essaie de rendre lisible.

      Merci aussi de rappeler combien nous sommes chanceux, au Québec, de pouvoir nous appuyer sur des fonds d’archives d’une telle richesse. Ils permettent de redonner une voix à ceux que l’histoire officielle avait relégués en marge — et c’est un privilège, pour moi, de pouvoir raconter leur parcours avec rigueur et respect.

      À bientôt pour d’autres fragments d’histoire à déplier ensemble,

      Harold

  3. Première lecture terminée , je vais refaire deux ou même trois lectures , pour bien assimiler nos ancêtres ,je crois que je vais me faire une sorte de graphique pour bien assimiler comprendre d avantage ,merci encore ,des faits que mon père m avait parlé grossièrement

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