Une vie brève, un enracinement durable
par Harold Larente
4 mai 2025
François Vinet dit Larente (1680–1703) tient une place toute particulière dans le récit de mes origines. Il appartient à cette génération d’ancêtres dont les noms s’effacent peu à peu dans le lointain, mais dont la présence résonne encore dans les documents, les lieux, et les mémoires. Dans mon arbre généalogique, il porte le numéro Sosa 256, une désignation qui, en généalogie, correspond à la 9e génération en ligne directe — soit un arrière-grand-père à sept degrés. Pour les non-initiés : la numérotation Sosa est un système qui attribue un numéro à chaque ancêtre en fonction de sa position dans la lignée. Le numéro 256 désigne celui qui est situé exactement neuf générations au-dessus de moi.
Né à Lachine à la fin du XVIIe siècle, il fait partie de ces colons de la Nouvelle-France dont la vie, bien que peu documentée, nous éclaire sur le quotidien, les alliances familiales et les engagements locaux d’une époque fondatrice.
Cette biographie est le fruit de recherches menées à partir des registres paroissiaux, des actes notariés et d’archives diverses. Une grande partie des transcriptions utilisées ici provient du travail rigoureux de Jules Guérard, dont les relevés paléographiques — couvrant plus de 4 300 actes liés à Pointe-Claire — m’ont permis d’accéder à des sources parfois difficiles à déchiffrer. Ce travail de transcription paléographique s’inscrit dans un vaste projet de reconstitution du terrier ancien de Pointe-Claire, piloté par la Société pour la Sauvegarde du Patrimoine de Pointe-Claire (SSPPC). Dirigé par Claude Arsenault, ce projet a permis de retracer et de cartographier avec précision les anciens lots de Pointe-Claire, à partir des actes notariés d’époque. Claude a réalisé l’essentiel du travail de reconstitution du terrier, tandis qu’Yves Blondin s’est joint à l’équipe pour contribuer à l’analyse foncière des cas recensés — notamment en traitant les cas problématiques — et assurer la cohérence cartographique de l’ensemble. Pour ma part, j’ai structuré l’ensemble des actes dans une base de données, facilitant ainsi leur repérage et leur exploitation. Je tiens à exprimer ici ma reconnaissance envers tous les collaborateurs de ce projet, et tout particulièrement envers Jules, pour la qualité exceptionnelle de son travail de paléographie.[1]
🔹 Remerciements spécifiques pour cette biographie
Je tiens à exprimer ma profonde reconnaissance envers Jules Guérard, pour la qualité exceptionnelle de son travail paléographique ainsi que pour les précieuses précisions contextuelles qu’il a apportées. Son regard attentif sur les réalités foncières, familiales et sociales de l’époque a considérablement enrichi la compréhension des documents et éclairé de nombreux aspects de cette biographie.
Je souhaite également remercier Yves Blondin, dont les analyses ont grandement contribué à affiner ma compréhension des liens familiaux, des proximités de voisinage et des dynamiques de peuplement à Lachine et à Pointe-Claire.
Leur soutien a permis d’approfondir la reconstitution du parcours de François Vinet dit Larente, en ancrant solidement ce récit dans son cadre foncier, familial et social.
Retissons maintenant le fil de la vie de François, de celle de sa femme et de leurs deux enfants, à partir des fragments qu’ils ont laissés dans les archives. Ce récit s’appuie sur les documents disponibles pour reconstituer les grandes étapes de leur existence, à la lumière de ce minutieux travail de reconstitution foncière, nourri par l’examen attentif des archives notariales, judiciaires et paroissiales.
Trois volets pour cette histoire familiale
Pour mieux mettre en lumière les différentes dimensions de cette histoire familiale, la biographie est présentée en trois volets.
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- Le premier article est consacré à François Vinet dit Larente et à son épouse Marguerite André dite Saint-Michel. Il retrace leur union, brève, mais fondatrice, dans le contexte tourmenté de la fin du XVIIe siècle, marqué notamment par le massacre de Lachine.
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- Le deuxième article suit leurs deux enfants, Marguerite et François-Geoffroy, qui, chacun à leur manière, assureront la continuité foncière et familiale à Pointe-Claire.
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- Enfin, le troisième article revient sur la figure de Marguerite André après la mort de son époux, en explorant son rôle central dans la transmission des biens, la gestion des successions, et la préservation d’une mémoire familiale vivante.
Ensemble, ces trois volets composent une fresque biographique documentée, attentive à la fois aux événements vécus, aux liens tissés, et aux traces laissées dans les archives — une mémoire inscrite dans les terres, les noms et les gestes transmis.
I. François Vinet dit Larente (1680-1703)
1. Origines familiales et enfance
François Vinet dit Larente naît le 7 avril 1680 à Lachine, dans la paroisse des Saints-Anges-Gardiens. Il est baptisé le même jour. Il est le fils légitime de Barthélémy Vinet dit Larente (vers 1635–1687)[2], domestique, laboureur et marguillier de la paroisse des Saints-Anges-de-Lachine, et d’Étiennette-Antoinette Alton (vers 1638–1722). Son parrain est François Noir dit Rolland[3] et la marraine Jeanne Milot, fille de Jean Milot[4].

François Noir
François grandit au sein d’une famille nombreuse, entouré de ses quatre frères et sœurs : Cunégonde (1674-1760), épouse en premières noces de François Dubois-Brisebois, puis de Jacques Lanthier; Madeleine (1675-1738), religieuse de l’Hôpital général de Québec; Guillaume (1678-1741)[5], époux en premières noces de Marie Denis dit Saint-Denis, puis de Monique Denis-Jean; et Barthélemy (1683-1684), décédé en bas âge. Il est également entouré de six demi-frères et demi-sœurs utérins, issus du premier mariage de sa mère avec Marin Hurtebise : Pierre (1660–1705), époux de Marie-Geneviève Courault; Étiennette (1662–1717), épouse de Jean Quenet; Jean (1665–vers 1687); Louis (1667–1703), époux de Jeanne Gateau; Marie, épouse de Paul Descarries; et Marin (1672-), dont la trajectoire, comme celles de ses frères et sœurs, ne sera pas développée ici.
Le 26 mai 1686, François obtient conjointement avec son frère Guillaume une concession de terre de six arpents de front sur dix-huit de profondeur, située à Lachine. [6] Cette concession, inhabituelle pour des enfants mineurs, résulte d’une entente conclue par leur père, Barthélémy Vinet-Larente, avec les Sulpiciens. Barthélémy protestait contre l’obligation de laisser passer des chemins sur sa terre sans compensation, s’appuyant sur un précédent contrat accordé par le sieur de La Salle. Pour régler le différend, les Sulpiciens consentent à attribuer une terre à ses fils[7].
La mort de Barthélémy Vinet le 18 novembre 1687, à l’automne, bouleverse la dynamique familiale. Une tutelle est alors mise en place, confiée notamment à sa mère, Étiennette Alton, et à Louis Chevalier.[8]
Peu avant le remariage en troisièmes noces de sa mère avec Claude Guarigue, Étiennette est remplacée dans son rôle de tutrice par ses gendres Jean Quenet, et Paul Descaries à titre de subrogé tuteur.[9]
La vie de François semblait devoir se dérouler dans le sillage des réalités rurales de Lachine, mais l’histoire en décide autrement. Les rivalités coloniales prennent une tournure brutale, et François, encore enfant, se retrouve au cœur de l’un des épisodes les plus sombres de la Nouvelle-France. Les événements politiques qui secouent l’Europe et l’Amérique trouvent un écho dramatique jusque dans la vie des habitants de Lachine, y compris celle de la famille Vinet dit Larente.
II. François Vinet et le massacre de Lachine[10] : l’événement qui façonna son destin familial
1. Le contexte colonial (1688–1689)
Ainsi que le mentionne Hélène Lamarche, en octobre 1688, la révolution anglaise entraîne l’abdication de Jacques II au profit du prince anglo-hollandais Guillaume III d’Orange, ennemi déclaré de Louis XIV. Rapidement informées de ce bouleversement, les colonies anglaises préparent dès le printemps 1689 une offensive contre la Nouvelle-France et s’empressent d’en aviser leurs alliés iroquois. Pendant ce temps, le gouverneur Denonville, privé de directives claires de la métropole, souhaite toujours ratifier les accords de paix amorcés précédemment avec la Confédération iroquoise. Cependant, face aux mouvements guerriers iroquois en juin 1689, il ordonne des mesures sécuritaires accrues, que le gouverneur intérimaire de Montréal, Vaudreuil, choisit toutefois d’assouplir à l’approche des récoltes.[11]
Alors que François et les siens commencent tout juste à se reconstruire après la perte du père et à réorganiser leur vie sous la tutelle familiale[12], un nouvel événement dramatique vient bouleverser leur existence : le massacre de Lachine, survenu dans la nuit du 4 au 5 août 1689. Cet épisode marquant de l’histoire coloniale éclate alors que François n’a que neuf ans. La maison familiale est incendiée, et la famille Vinet dit Larente et Hurtebise est directement touchée.[13]
Compte tenu de l’emplacement précis du lot familial Vinet (lot 452 – terrier de Lachine), proche voisin de celui d’André Rapin (le lot 450 – terrier de Lachine), lui-même contigu au fort Rolland, on peut raisonnablement penser que la famille ait trouvé refuge dans ce fort, à moins qu’elle n’ait préféré fuir dans les bois. Le fort Rolland appartenant à François Lenoir dit Rolland — le parrain de François —, avait été construit dès 1670 et renforcé en 1686. Il offrait une protection directe aux habitants des terres environnantes en cas d’attaque iroquoise. Plusieurs d’entre eux y possédaient une cabane à l’intérieur de l’enceinte, afin de s’y réfugier en cas de danger.

La famille Hurtebise et Vinet Larente a été épargnée, ce qui tend à confirmer qu’elle a pu se mettre à l’abri à temps — un répit précieux au cœur d’une nuit qui allait plonger le village dans l’horreur.
1. Une nuit tragique : le « massacre » du 5 août 1689, entre mémoire vécue et récit transmis
Le massacre de Lachine ne se résume pas à une attaque nocturne. Plus qu’un simple assaut, il constitue un événement à double lecture : celle des faits, et celle des récits qui en ont forgé la mémoire. Derrière les violences subies se profile une réalité plus complexe : la manière dont cet épisode fut raconté, enregistré, transmis — et parfois transformé. Les archives officielles parlent d’« incendie », les notaires en font une formule figée, et la mémoire familiale en atténue les violences.[14]
Ce qui s’est joué dans la nuit du 5 août 1689 a donné lieu, au fil du temps, à un long travail de reformulation — entre horreur vécue, silence choisi, et vocabulaire institutionnalisé.
Ce soir-là, dans une tempête de pluie, environ 1 500 guerriers iroquois attaquent par surprise le village de Lachine, prenant les colons français dans leur sommeil. De nombreuses maisons sont incendiées, des habitants massacrés ou faits prisonniers. En excluant les sources émanant des autorités religieuses et civiles, on estime le bilan à entre 24 et 70 morts, environ 60 captifs, ainsi que d’importantes destructions matérielles.

Mais un nouveau regard a été porté sur cet événement par Hélène Lamarche. Comme elle le souligne, « il y a deux massacres de Lachine : celui du 5 août 1689 et celui des récits qu’on en a fait, déformé, pour ne pas dire « massacré », par les exagérations et les contradictions ».[15] Cette citation met en lumière le décalage souvent observé entre les faits historiques et leur transmission narrative. Les évènements ont fait l’objet de reconstructions mémorielles, parfois influencées par des récits amplifiés, des erreurs historiographiques ou des documents contaminés par des témoignages de seconde main et des interprétations biaisées.
D’ailleurs, dans la tradition familiale, on parle davantage de « l’incendie de Lachine » que du « massacre ou de l’attaque » ou d’un autre terme évoquant l’ampleur tragique de l’événement. Cette formulation semble refléter une mémoire plus centrée sur la perte matérielle que sur la violence collective. Ce vocabulaire en dit long sur la manière dont l’événement a été vécu et transmis — à la fois au sein des familles et par les institutions.
Dans un jugement rendu en 1692, Bochart de Champigny — qui n’a pas été témoin direct du drame, mais qui doit trancher un élément du litige lié à cet évènement — emploie lui aussi l’expression. Il incarne ainsi une autre mémoire du massacre, celle, plus distante et codifiée, des autorités judiciaires de la colonie :
« … pareillement deboutté ledit Garigue et Alton sa femme de la demande par eux faite pour les meubles et effets qu’ils disent que les Iroquois nos ennemis leur ont bruslez lors de l’incendie de Lachine [souligné par nous] ».[16]
Ce qui mérite l’attention, c’est que la même expression se retrouve également dans un document de nature privée : le contrat de mariage de François Vinet dit Larente et Marguerite André, rédigé en 1701. Le notaire y mentionne que la future épouse avait été libérée de sa captivité chez les Iroquois en 1689 :
« …le sieur Jean Quenet controolleur des fermes du Roy en ce pais despuis quatre ans qu’il l’a retirée de chez les irokois lors nos ennemis ou elle estoit prisonniere des l’annee mil six centz quatre vingtz neuf lors de l’incendie de Lachine [souligné par nous] ».[17]
La récurrence de cette formulation, dans des documents de nature juridique et notariale, témoigne d’une forme de stabilisation du vocabulaire mémoriel. Elle montre comment une expression, d’abord liée à une expérience vécue, a pu être reprise, relayée et fixée dans des écrits officiels — contribuant ainsi à façonner une mémoire institutionnelle de l’événement, aux côtés de la mémoire familiale.
L’usage répété de l’expression « incendie de Lachine », dans la mémoire populaire comme dans les textes administratifs, suggère que la mémoire collective a pu privilégier l’image d’une destruction matérielle, reléguant au second plan la violence humaine du massacre. Le registre de la violence cède ici la place à celui du désastre, dans un processus d’atténuation ou de reformulation du traumatisme — un phénomène bien connu dans la transmission des événements marquants du passé. On parle alors de vocabulaire mémoriel : les termes par lesquels une communauté désigne un événement en fonction de ce qu’elle choisit d’en retenir, d’en atténuer ou d’en transformer.[18]
Le traumatisme causé par cet épisode dépasse les familles touchées directement : il marque profondément la mémoire collective de la région et provoque un durcissement des relations entre les Français et la Confédération iroquoise, de même qu’un renforcement des dispositifs défensifs.[19]
1. Enlevée dans la nuit : Marguerite André dit Saint-Michel parmi les captifs (1689)
Parmi les captifs figure Marguerite André dite Saint-Michel, future épouse de François Vinet dit Larente. Enlevée lors du raid de Lachine et retenue huit années chez les Iroquois — évènement survenue alors que François n’était encore qu’un jeune garçon —, elle est mentionnée dans leur contrat de mariage : Marguerite y est décrite comme ayant été « retirée de chez les Iroquois » en 1697 par Jean Quenet, chez qui elle réside depuis.[20] Jean Quenet, marchand influent et époux d’Étiennette Hurtubise — demi-sœur de François —, joue un rôle central dans la réintégration de Marguerite à la société montréalaise.
Ce traumatisme individuel s’inscrit dans une expérience collective plus vaste, qui marquera durablement la mémoire des familles de la région.
2. Chez Jean Quenet, une nouvelle vie commence pour Marguerite André dite Saint-Michel (1699)
Comme souligné précédemment, Marguerite André est finalement libérée grâce à Jean Quenet, marchand bourgeois influent de Montréal. Selon son testament détaillé, rédigé le 14 juillet 1699 devant le notaire Antoine Adhémar dit St-Martin[21], Marguerite vit alors chez Quenet, dans une chambre située à gauche en entrant dans la maison. Cette chambre offre une vue directe sur la rivière Saint-Pierre — une petite rivière aujourd’hui disparue, qui traversait Montréal pour se jeter dans le fleuve Saint-Laurent près de l’actuelle Pointe-à-Callière — ainsi que sur le mont Royal, visible au loin.
Dans son testament, Marguerite exprime une profonde gratitude envers Jean Quenet pour l’avoir libérée des mains des Iroquois et traitée comme sa propre fille, lui léguant ainsi tous ses biens en reconnaissance de ses soins.
Un article distinct portera sur la famille de Marguerite André, marquée par des événements mêlant drame familial et tensions sociales. L’analyse s’articulera autour de trois axes : les liens généalogiques, les nombreuses procédures judiciaires qui ont visé ses proches, et les enjeux sociaux liés à la marginalité, aux normes de conduite et au contrôle des mœurs dans la société coloniale.
Sa sœur, Gertrude André, plus connue sous le nom de la Maisonneuve — du nom de son époux —, fut accusée de s’être livrée publiquement à des actes sexuels jugés scandaleux et d’avoir été surprise en flagrant délit. Leur mère, Françoise Nadreau, exploitait à Lachine une auberge fréquemment dénoncée pour atteinte aux bonnes mœurs et pour avoir servi de théâtre à divers excès. C’est dans ce climat troublé que surviennent des accusations graves — notamment la mort de la jeune Catherine âgée de cinq ans, sœur de Marguerite, que sa mère aurait punie en l’enfermant dans une barrique, geste aux conséquences tragiques.
Malgré ce contexte familial tourmenté vécu dès sa petite enfance et son expérience traumatisante de captivité à l’âge de 9 ans, Marguerite s’apprête à entamer une nouvelle vie aux côtés de François Vinet dit Larente.
3. Le contrat de mariage entre François Vinet et Marguerite André dite Saint-Michel (1er mars 1701)
Le contrat de mariage entre François Vinet dit Larente (22 ans), fils de feu Barthélemy Vinet et d’Étiennette Alton, et Marguerite André (21 ans), fille de feu Michel André Saint-Michel et de Françoise Nadreau, est passé le 1er mars 1701 devant le notaire Antoine Adhémar dit St-Martin.[22] Le contrat précise notamment l’accord explicite des proches parents : Étiennette Alton, mère de François; Paul Descarries, son beau-frère; Abraham Bouat[23], son subrogé tuteur; ainsi que Jean Quenet, chapelier, contrôleur des fermes du Roi, également beau-frère de François et artisan de la libération de Marguerite de sa captivité en 1697; et Jean Cusson, notaire royal. Aucun membre de la famille de Marguerite n’est présent, car ses parents ainsi que ses sœurs Gertrude Andrée et Pétronille ont probablement péri lors du massacre de Lachine.[24]
Ce contrat inclut plusieurs clauses importantes, telles que la communauté de biens selon la coutume de Paris, l’exclusion des dettes antérieures au mariage, un douaire coutumier ou la somme de 400 livres, un préciput réciproque de 200 livres, et des clauses spécifiques protégeant les droits de Marguerite en cas de décès prématuré de François. Marguerite apporte à la communauté les biens et droits qui lui sont échus par succession de ses parents — y compris les concessions nos 179, 180 et 181 situées sur la côte de la Pointe-Claire, à Pointe-Claire —, lesquels deviennent ainsi propriété commune du couple dès leur union. En signe d’affection mutuelle, les époux se consentent également une donation réciproque au survivant de tous leurs biens meubles et immeubles, en l’absence d’enfants survivants.
4. Mariage, naissance et régularisation d’une union déjà engagée
Le mariage religieux est célébré le jour même, le 1er mars 1701, à l’église Notre-Dame de Montréal,[25] en présence de Jean Quenet, Paul Descarries, Louis Hurtebise (demi-frère de François), Pierre Chantereau[26] et Mgr François Dollier de Casson, supérieur des Sulpiciens[27]. Mgr Dollier de Casson était probablement présent à ce mariage en raison de son soutien particulier aux familles touchées par le massacre de Lachine, comme celle de Marguerite André, ainsi qu’en raison d’un lien pastoral ou personnel avec les familles Vinet dit Larente et Hurtubise.[28] La cérémonie est présidée par René-Charles de Breslay, prêtre sulpicien. Les époux bénéficient d’une dispense exceptionnelle des trois bans, accordée par Mgr Dollier de Casson, également grand vicaire de l’évêque de Québec.[29] Marguerite réside alors près de Lachine, chez Jean Quenet.
📍 Un lieu disparu, toujours visible
L’église où fut célébré le mariage de François Vinet dit Larente et Marguerite André, le 1er mars 1701, était l’ancienne église paroissiale de Montréal, construite par les Sulpiciens en 1672. Elle servit de cathédrale jusqu’à la construction de la basilique actuelle, inaugurée en 1829, puis fut démolie en 1830. Son emplacement est aujourd’hui signalé par un marquage au sol, devant le portail de la basilique actuelle, permettant de situer les fondations de l’ancienne église au cœur du Vieux-Montréal.

MTL.org – Ancienne église Notre-Dame de Montréal, texte et photographie consultés le 15 avril 2025 :
La fille aînée du couple, Marguerite Vinet-Larente, naît le 13 juin 1701, soit un peu plus de trois mois après le mariage, ce qui implique une conception survenue avant l’union officielle. Ce type de situation, bien que sensible aux yeux de l’Église, n’était pas rare en Nouvelle-France. Une grossesse pouvait justifier une demande de dispense et hâter la régularisation d’un lien déjà noué, autant sur le plan affectif que social.
Dans le cas de Marguerite André, cette souplesse peut également se comprendre à la lumière de son passé. Captive chez les Iroquois durant plus de huit ans, entre l’enfance et l’adolescence, elle a été socialisée, au moins partiellement, dans un autre cadre culturel, où les rapports au corps, au couple et à la maternité différaient sensiblement du modèle colonial français.[30] Sans pouvoir présumer de son expérience précise, il est permis de penser que cette longue immersion ait influencé sa manière d’aborder les relations conjugales à son retour dans la société coloniale.[31]
François Vinet décède prématurément le 18 janvier 1703, à l’âge de 22 ans. Son acte de sépulture précise qu’il est mort de maladie, probablement victime de l’épidémie de variole qui sévit alors à Lachine. [32] [33]

5. Un remariage au cœur des réseaux de parenté
Devenue veuve au début de l’année 1703, alors qu’elle est enceinte de son deuxième enfant, Marguerite André se remarie le 25 juin 1704, à Pointe-Claire avec Jean-Baptiste Dubois-Brisebois, fils de René et Anne-Julienne Dumont,[34] un habitant de la même paroisse.
Ce second mariage contribue à renforcer les liens déjà étroits entre les familles Vinet-Larente et Dubois-Brisebois. En effet, Jean-Baptiste est le frère de François Dubois, époux de Cunégonde Vinet-Larente, sœur de François. Ce double entrelacement familial témoigne des dynamiques de proximité, de solidarité et de stratégie matrimoniale au sein des communautés rurales de l’époque. Les unions conjugales et les liens de sang se conjuguent ainsi pour former une parentèle élargie, bien ancrée dans le paysage social de Pointe-Claire.
📚 Qu’est-ce que la parentèle ?
Le mot parentèle désigne l’ensemble des parents, alliés et personnes liées par des relations de filiation ou d’alliance autour d’un individu ou d’un foyer. Il comprend donc les ascendants, descendants, collatéraux, mais aussi les beaux-parents, cousins, gendres, bru, etc. C’est une notion plus large que la « famille nucléaire », et souvent utilisée pour étudier les réseaux de relations, les solidarités, les alliances matrimoniales et les stratégies de transmission dans les sociétés traditionnelles ou anciennes. Dans la société canadienne du XVIIIᵉ siècle, ces liens jouaient un rôle fondamental dans la transmission des biens, les solidarités quotidiennes et les alliances matrimoniales.
Ce second mariage est particulièrement fécond : le couple donne naissance à sept enfants — quatre garçons et trois filles — qui forment, avec leur demi-frère et leur demi-sœur Vinet-Larente, une fratrie élargie et soudée. Les enfants du couple sont :
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- Suzanne Dubois-Brisebois (1705–1775), épouse de Joseph Legault-Deslauriers, fils de Noël et Marie Bénard;
- Louis Dubois-Brisebois (1707–1789), époux d’Angélique Groulx, fille de Pierre et de Gabrielle Churlot Dumoulin;
- Jacques Dubois-Brisebois (1709–1775), époux de Marie-Josèphe Legault, fils Noël et Marie Bénard;
- Ambroise Dubois-Brisebois (1711–1798), époux de Marie-Anne Legault-Deslauriers, fils Noël et Marie Bénard;
- Dorothée Dubois-Brisebois (1714–1794), épouse de Jean-Baptiste Lamagdelaine dit Ladouceur, fils de Joseph et Catherine Girardy;
- Jean Toussaint Dubois-Brisebois (1717–1791), époux de Louise Brunet-Lestang, fille de Jean-Baptiste et Marie-Louise Dubois;
- Marie-Anne Clémence Dubois-Brisebois (née en 1720), épouse de Pierre Legault dit Deslauriers, fils de Noël et Marie Bénard.
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Détail digne d’attention : quatre des enfants Dubois-Brisebois épousent des enfants du couple Noël Legault et Marie Bénard, créant ainsi un réseau d’alliances familiales particulièrement dense entre les familles Dubois-Brisebois et Legault dit Deslauriers.
Ainsi s’achève ce premier volet consacré à François Vinet dit Larente et à son épouse Marguerite André. Malgré une union brève, interrompue par la maladie, leur vie commune a jeté les fondements d’une lignée profondément enracinée dans le territoire de Pointe-Claire. À travers leurs deux enfants, Marguerite et François-Geoffroy, se perpétuent un nom, une mémoire et un patrimoine façonnés par les solidarités familiales et les stratégies de transmission propres à la société canadienne du XVIIIe siècle.
La suite de ce récit paraîtra dans un prochain article, consacré aux trajectoires de leurs deux enfants, Marguerite et François-Geoffroy. À travers deux portraits biographiques détaillés, ce deuxième volet éclairera le cheminement de ces figures de la continuité, parvenues à l’âge adulte dans un monde marqué par la recomposition familiale, les enjeux fonciers et le rôle structurant du tissu social.
Pour citer cet article
Harold Larente©2025, « 26 – Biographie de François Vinet dit Larente, époux de Marguerite André dite Saint-Michel (Partie 1): Une vie brève, un enracinement durable », Histoire et généalogie des Vinet dit Larente, publié le 4 mai 2025.
[1] Les lots mentionnés dans cette biographie, notamment les lots 179, 180 et 181 de la côte de la Pointe Claire ainsi que le lot n° 263 de la côte Saint-Jean, ont été identifiés dans le cadre du projet de reconstitution du terrier de Pointe-Claire, mené par la Société pour la Sauvegarde du Patrimoine de Pointe-Claire (SSPPC). Sauf indication contraire, tous les numéros de lots cités dans ce texte proviennent de ce travail collectif, fondé sur l’analyse minutieuse des actes notariés anciens et leur cartographie.
[2] Qui est Barthélémy Vinet dit Larente sur ce blogue : https://blogharoldlarente.ca/2018/01/23/qui-est-barthelemy-vinet-dit-larente/?highlight=barthelemy
[3] François Lenoir, dit Rolland, est soldat de la compagnie commandée par Henri de Chastelard de Salières, commerçant, et constructeur du fort Rolland à Lachine. Sa biographie détaillée est disponible dans André Vachon, « Lenoir, dit Rolland, François », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. II, Université Laval/University of Toronto, 1969–, consulté en ligne le 22 mars 2025, https://www.biographi.ca/fr/bio/lenoir_francois_2F.html .
[4] Jean Milot est présent lors de l’élection d’un tuteur pour François et ses frères et sœurs. Voir : Tutelle des enfants mineurs des défunts Étiennette Alton, Marin Hurtubise (son premier époux) et Barthélémy Vinet dit Larente (son second époux), 21–22 novembre 1687, BAnQ Vieux-Montréal (anciennement ANQ-M), cote CC601, S1, SS1, D22.
[5] Le parcours de Guillaume Vinet dit Larente peut être consulté sur ce blogue dans deux articles : 23 – Guillaume Vinet dit Larente : De la vallée du Saint-Laurent aux frontières de détroit et 25.- Guillaume Vinet dit Larente, dans l’expédition royale pour la fondation du fort Pontchartrain (aujourd’hui Détroit) (1701)
[6] 26 mai 1686, Concession de terre; par le Séminaire de St-Sulpice de Montréal, procureur du Séminaire de St-Sulpice de Paris, seigneur et propriétaire de l’île de Montréal, à Guillaume Vinet et François Vinet, frères, Barthélemy Vinet dit Larante, habitant, de Lachine en l’île de Montréal, leur père acceptant pour eux, notaire Hilaire Bourgine [1685 – 1690], ANQ-M (maintenant BAnQ).
[7] Le contexte de cette acquisition est expliqué plus en détail sous le titre : Une concession de terre à un très jeune âge, dans la biographie de Guillaume publiée sur ce blogue : https://blogharoldlarente.ca/2025/02/16/23-guillaume-vinet-dit-larente-de-la-vallee-du-saint-laurent-aux-frontieres-de-detroit/
[8] 22 novembre 1687, Tutelle des enfants mineurs des défunts Étiennette Alton, Marin Hurtibise, son premier époux, et Barthélem Vinet Larente, son second époux, BAnQ-Vieux-Montréal, Cote : CC601,S1,SS1,D22, 06M_CC601S1SS1D0022P2_001.jpg et 06M_CC601S1SS1D0022P2_002.jpg
[9] 10 février 1689, Élection de Jean Guénet et Paul Descarri dans la tutelle des mineurs Hurtubise – Vinet, Bailliage de Montréal, TL2, Contenant 11572, Dossier 18.
[10] Événement survenu dans la nuit du 4 au 5 août 1687.
[11] Hélène Lamarche, « Le massacre de Lachine (5 août 1689) : ses causes et ses conséquences », Mémoires de la Société généalogique canadienne-française, vol. 50, no 3 (221), automne 1999, p. 198.
[12] Le détail de cette tutelle est présenté sous le titre « En 1689, Guillaume a un nouveau tuteur et subrogé tuteur », dans la biographie de Guillaume publiée sur ce blogue : https://blogharoldlarente.ca/2025/02/16/23-guillaume-vinet-dit-larente-de-la-vallee-du-saint-laurent-aux-frontieres-de-detroit/ .
Source : 10 février 1689, Élection de Jean Guénet et Paul Descarri dans la tutelle des mineurs Hurtubise – Vinet, Bailliage de Montréal, TL2, no 2457, contenant 11572, dossier 18.
[13] Il est mentionné dans l’acte ci-dessous que les meubles ont été brûlés « lors de l’incendie de Lachine ». Il s’agit d’un acte collationné à son original le 21 juin 1692 par le notaire Antoine Adhémar, sur l’expédition du 8 juillet 1692. Celui-ci fait suite à un jugement rendu par Bochart de Champigny, dans le cadre d’une sommation adressée à Étiennette Alton — alors épouse en troisièmes noces de Claude Garigue — et à ce dernier, afin qu’ils versent aux tuteurs Jean Quenet et Abraham Boüat les sommes dues selon l’inventaire. Réf. : BAnQ, TL2, contenant 11 576, dossier 34.
[14] Cette lecture repose sur un ensemble de documents notariaux et judiciaires consultés dans le cadre de cette recherche, sans toutefois constituer une analyse sérielle exhaustive.
[15] Hélène Lamarche, « Le massacre de Lachine (5 août 1689) : ses causes et ses conséquences », Mémoires de la Société généalogique canadienne-française, vol. 50, no 3 (221), automne 1999, p. 189.
[16] 21 juin 1692, il s’agit d’un acte collationné à son original par le notaire Antoine Adhémar, du 8 juillet 1692, sur l’expédition que Jean Quenet, tuteur des enfants mineurs de Marin Hurtibise et Étiennette Alton. Jugement de Bochart de Champigny. Sommation à Étiennette Alton, épouse en troisièmes noces de Claude Garigue, et à ce dernier de payer aux tuteurs Guénet et Boüat les sommes mentionnées dans l’inventaire, ANQ-M (maintenant BAnQ), TL2, contenant 11576, Dossier 34.
[17] 1er mars 1701, Contrat de mariage entre François Vinet dit Larente (22 ans), de la ville de Villemarie, fils de feu Barthélemy Vinet et de Etiennette Alton; et Marguerite André (21 ans), demeurant près la ville de Villemarie, fille de feu Michel André et de Françoise Nadreau, notaire Antoine Adhémar dit St-Martin, [1668-1714], BAnQ, Document reproduit sur microfilm M-620.1410.
[18] Des phénomènes comparables ont été observés, par exemple, dans la mémoire collective des bombardements en Allemagne (Moeller, 2005) ou dans certains récits postcoloniaux (Nora, 1984). Voir : Maurice Halbwachs, La mémoire collective, PUF, 1950 ; Pierre Nora (dir.), Les lieux de mémoire, Gallimard, 1984 ; Robert G. Moeller, War Stories: The Search for a Usable Past in the Federal Republic of Germany, University of California Press, 2005.
[19] « Fort Rolland », Wikipédia, l’encyclopédie libre, dernière modification le 31 mars 2024, https://fr.wikipedia.org/wiki/Fort_Rolland (consulté le 19 mars 2025).
[20] 1er mars 1701, Contrat de mariage entre François Vinet dit Larente (22 ans), de la ville de Villemarie, fils de feu Barthélemy Vinet et de Etiennette Alton; et Marguerite André (21 ans), demeurant près la ville de Villemarie, fille de feu Michel André et de Françoise Nadreau, notaire Antoine Adhémar dit St-Martin, [1668-1714], BAnQ, Document reproduit sur microfilm M-620.1410.
[21] 14 juillet 1699, Testament de Marguerite André (fille du défunt Michel André et de Françoise Nadreau), demeurant au dehors de la ville de Ville-Marie, proche la porte de Lachine, notaire Antoine Adhémar dit Saint-Martin (1668-1714), BAnQ, greffe d’Antoine Adhémar dit Saint-Martin. Document reproduit sur microfilm M-620.1409.
[22] 1er mars 1701, Contrat de mariage entre François Vinet dit Larente (22 ans) et Marguerite André (21 ans), notaire Antoine Adhémar dit Saint-Martin. Voir référence complète précédemment citée (ANQ-M, maintenant BAnQ, microfilm M-620.1410).
[23] Dès 1674, Abraham Bouat est identifié comme cabaretier, puis comme aubergiste en 1680 — le premier à porter officiellement ce titre à Montréal. Son établissement, situé rue Notre-Dame, offrait hébergement, repas, boissons et même un billard, ce qui était rare à l’époque. Il est d’ailleurs le premier Canadien connu à proposer ce divertissement. Abraham Bouat sera procureur de l’abbé de Queylus pour récupérer des sommes d’argent dues aux Sulpiciens, avant de devenir marguillier de la paroisse Notre-Dame. Il arbitre des litiges familiaux, est curateur aux biens vacants d’individus, gardien de scellés, sous-tuteur pour quelques mineurs. Il sera aussi conseiller du bailli dans un procès pour inceste avec une recommandation de la peine de mort pour le père incestueux. Il devra également témoigner de l’honnêteté de certains individus voulant obtenir des postes de greffier et d’huissier. Source : Proulx, G. (2017). Abraham Bouat, pionnier de l’hôtellerie montréalaise. Cap-aux-Diamants, (130), 4–8.
[24] Hélène Lamarche, « Le massacre de Lachine (5 août 1689) : ses causes et ses conséquences », Mémoires de la Société généalogique canadienne-française, vol. 50, no 3 (221), automne 1999, p. 212.
[25] Acte de mariage de François Vinet dit Larente et Marguerite André, 1er mars 1701, paroisse Saints-Anges de Lachine, registre paroissial catholique, collection Drouin (LAFRANCE), GenealogieQuebec.com, [en ligne], https://www.genealogiequebec.com/Membership/LAFRANCE/img/acte/47805
[26] Il exerce la fonction de bedeau. Ses parents sont André Chantereau dit Tourangeau et Martienne Vienne. Il épouse, le 18 novembre 1680 à Montréal, Marie Cordier, fille de Nicolas Cordier et de Marie Paujer. Référence : PRDH, N° 47449, https://www-prdh-igd-com.res.banq.qc.ca/Membership/fr/PRDH/acte/47449 (consulté le 29 mars 2025).
[27] Jacques Mathieu, « DOLLIER DE CASSON, FRANÇOIS », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 2, Université Laval/University of Toronto, 2003–, consulté le 29 mars 2025, https://www.biographi.ca/fr/bio/dollier_de_casson_francois_2F.html .
[28] Il est notamment présent lors du contrat de mariage des parents de François, Barthélemy Vinet et Étiennette Alton, avec lesquels il entretient par ailleurs plusieurs relations d’affaires.
[29] En Nouvelle-France, la publication des trois bans de mariage était la norme imposée par l’Église pour assurer la transparence de l’union à venir et permettre d’éventuelles oppositions. Toutefois, des dispenses pouvaient être accordées, notamment pour des raisons de convenance sociale, de santé, de grossesse prénuptiale ou en cas d’éloignement géographique. Ces dispenses étaient délivrées par l’évêque ou son vicaire général. Dans le cas présent, la dispense accordée par Mgr Dollier de Casson, alors grand vicaire de l’évêque de Québec, suggère une volonté de régularisation rapide, sans scandale public, d’une union déjà engagée.
[30] Voir à ce sujet, entre autres, Gilles Havard, Empire et métissages : Indiens et Français dans le pays d’en haut, 1660-1715, Paris, Éditions du Seuil, 2003, chapitre X : Sexualité et mariage : Le pays du métissage, p.441-475.
[31] Dans la société iroquoise, les captifs occupaient une place essentielle : ils servaient à renforcer les familles et les lignages éprouvés par les pertes humaines, tout en jouant un rôle central dans les dynamiques de guerre. Les prisonniers étaient ensuite distribués par le conseil du village aux familles endeuillées, qui disposaient à leur égard d’un droit de vie ou de mort. Les Iroquois adoptaient en priorité « les jeunes personnes », plus faciles à assimiler, mais aussi nombre de femmes, sans doute pour accroître leur capital de fertilité. « Les enfants devenaient ceux de la matrone « commanditaire », et les jeunes femmes, leurs sœurs ». Source : Gilles Havard, Empire et métissages: Indiens et Français dans le Pays d’en Haut, 1660-1715, Québec, Québec, Septentrion, 2017, p. 124 et 125. Dans ce contexte, il est probable que Marguerite ait été adoptée et intégrée, au moins partiellement, à la culture autochtone durant ses huit années de captivité.
[32] Cette épidémie est désignée à l’époque sous plusieurs appellations telles que « petite vérole » ou « picote ». Selon l’analyse démographique de Bertrand Desjardins et Rénald Lessard, citée par Gilles Vandal, environ 1300 personnes meurent dans l’ensemble de la colonie en raison de cette épidémie. En 1703, le nombre total de décès dans la colonie est trois fois supérieur à la moyenne des années précédentes et 4,7 fois plus élevé qu’en 1701. Comme la Nouvelle-France compte alors entre 18 000 et 19 000 habitants, ces 1300 décès représentent un peu plus de 6,5 % de la population d’origine européenne. Par exemple, au village de Lachine, 21 habitants sur environ 200 meurent de la variole, soit un taux de mortalité supérieur à 10 %. Source : Gilles Vandal, « L’épidémie de variole de 1702-1703 en Nouvelle-France », Le Nouvelliste, 14 octobre 2020 (mis à jour le 7 février 2023), https://www.lenouvelliste.ca/2020/10/15/lepidemie-de-variole-de-1702-1703-en-nouvelle-france-dbaeac86236f60639a2c8db9800f06e2/ (consulté le 29 mars 2025). Gilles Vandal est historien et professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.
[33] Acte de sépulture de François Vinet dit Larente, 19 janvier 1703, paroisse Saints-Anges de Lachine, registre paroissial catholique, collection Drouin (LAFRANCE), GenealogieQuebec.com, [en ligne], https://www.genealogiequebec.com/Membership/LAFRANCE/img/acte/14630
[34] Registre des baptêmes, mariages et sépultures de la paroisse Saint-Joachim de Pointe-Claire, 25 juin 1704.
Bonjour Harold,
Ton article # 26 sur François Vinet dit Larente, époux de Marguerite André dite Saint-Michel (1ière partie) est très fluide, bien détaillé et sans profusion. Un éclairage nouveau sur les événements de Lachine en 1689 nous permet de rebrasser la conception statique qui s’était imposée face à ces tribulations survenues à Lachine.
Les illustrations et les documents paroissiaux et notariés qui accompagnent le texte l’enjolivent et le font vibrer.
Comme je t’ai déjà souligné, tu as une très belle écriture, belle construction des phrases, les mots choisis que tu utilises sont toujours très adéquats et sans emphase. Continue tes recherches pour que l’émerveillement se poursuive, chez tes lecteurs, dans cette histoire familiale de tes ancêtres Vinet dit Larente. On comprend toute la passion qui t’anime et que je partage tellement avec mes propres ancêtres.
Yves Blondin, Montréal.
Bonjour Yves,
Un immense merci pour ton commentaire si généreux et inspirant — tes mots me touchent profondément.
Tu as parfaitement saisi l’intention derrière ce récit : offrir un regard renouvelé sur des événements trop souvent figés dans une lecture simplifiée, et redonner chair aux existences marquées par ces bouleversements. Si mes recherches et ma plume réussissent à faire vibrer un peu de cette mémoire, alors l’objectif est pleinement atteint.
Je sais que tu partages cette même passion pour l’histoire de nos ancêtres — elle n’en est que plus précieuse lorsqu’elle se nourrit d’échanges aussi riches que celui-ci. Je poursuis donc l’exploration avec enthousiasme, en espérant que les prochaines publications continueront de susciter cet émerveillement que ton regard met si bien en lumière.
Au plaisir de te lire à nouveau,
Harold