Un chapitre stratégique dans l’expansion coloniale française
par Harold Larente
Le 9 mars 2025
Dans le premier billet, nous avons retracé les origines familiales de Guillaume Vinet dit Larente, son enfance en Nouvelle-France, ainsi que les moments clés de sa vie, notamment ses mariages et sa descendance. Nous avons ainsi esquissé le parcours d’un homme marqué par les défis de la colonisation et les responsabilités d’un habitant engagé dans le développement du territoire.[1]
Ce second article met en lumière un moment clé de son existence : sa participation à l’expédition de 1701 menée par Antoine Laumet dit Lamothe-Cadillac. [2] Cette mission, qui aboutira à la fondation du fort Pontchartrain du Détroit, s’inscrit dans un contexte plus large d’expansion et de consolidation de la présence française en Amérique du Nord. Ce fort devient rapidement un centre vital pour les échanges avec les nations autochtones, notamment les Hurons-Wendats et les Outaouais.

Nous explorerons les motivations de cette expédition, les conditions du voyage et le rôle précis joué par Guillaume Vinet dit Larente. À travers l’analyse des sources historiques et des actes notariés, nous chercherons à comprendre comment cet engagement a façonné son destin — notamment son mariage tardif et son hésitation entre l’appel de l’aventure et le choix de l’enracinement — ainsi que ce qu’il révèle des enjeux politiques et économiques de l’époque.
À travers cette exploration, nous poursuivons notre objectif : mieux saisir la vie de cet homme à travers les événements qui ont façonné son parcours et, à plus grande échelle, la colonie française en Amérique du Nord.
Introduction
Guillaume s’engage le 27 mai 1701 comme voyageur au service du roi, une décision qui l’amène à participer à l’expédition d’Antoine Laumet dit Lamothe-Cadillac, en route de Montréal vers le Détroit. Louis XIV et son ministre, le comte de Pontchartrain, approuvèrent le projet de Cadillac visant à établir un poste avancé sur la rive du détroit reliant le lac Érié au lac Sainte-Claire, projet qui aboutit à la fondation de l’actuelle ville de Détroit. Guillaume Vinet dit Larente, alors âgé d’environ 23 ans, participa à cet événement marquant de l’histoire coloniale.
Fondation de Détroit : un contexte politique et économique complexe
La fondation de Détroit en 1701 s’inscrit dans un contexte politique et économique complexe, marqué par la volonté de la France de consolider sa présence en Amérique du Nord face à la montée en puissance de ses rivaux européens, en particulier les Britanniques. Comme le souligne Gilles Havard[3], la France, en ce début de XVIIIe siècle, cherche à renforcer sa domination dans les territoires éloignés, notamment face à la montée en puissance des colonies anglaises qui étendent leur influence le long de la côte atlantique.[4] Cette initiative, portée par Antoine Laumet dit Lamothe-Cadillac, illustre les ambitions de la couronne française de contrôler les routes commerciales stratégiques et de consolider ses alliances avec les nations autochtones.
Un contexte politique favorable
Dans les décennies précédant la fondation de Détroit, la France avait établi une série de forts et de postes de traite le long du Saint-Laurent, des Grands Lacs et du Mississippi. Ces installations, comme Fort Frontenac et Fort Michillimakinac, étaient essentielles pour maintenir le commerce des fourrures et consolider les alliances avec les nations autochtones.

Cependant, cette expansion se heurta à un dilemme fondamental. D’un côté, la traite des fourrures nécessitait un vaste réseau de postes avancés, entraînant une dispersion des colons et des coureurs des bois. De l’autre, les autorités coloniales souhaitaient stabiliser le peuplement en concentrant la population le long du Saint-Laurent. Cette contradiction explique la réticence de Versailles à investir dans le Pays d’en Haut, une région perçue comme difficile à contrôler et éloignée des priorités de colonisation.[5]
L’hésitation se renforça en 1696, comme le souligne Gilles Havard :
« Ce projet se heurtait à l’édit royal de 1696 qui, pour lutter contre la crise de surproduction des fourrures de castor, stipulait l’abandon des postes de traite dans l’Ouest et de la circulation des coureurs des bois ». [6]
Bien que cet édit marque un coup d’arrêt à l’expansion des postes de traite, certaines voix en Nouvelle-France, dont celle de Cadillac, plaident pour une approche plus pragmatique. Plutôt que de freiner l’expansion, il s’agit d’en redéfinir les priorités stratégiques.

C’est dans ce contexte que Cadillac parvint à convaincre Louis XIV et son ministre, le comte de Pontchartrain, qu’un établissement dans le sud des Grands Lacs était nécessaire pour contrer la pression britannique et iroquoise. Ce territoire représentait un enjeu crucial non seulement pour le contrôle des routes commerciales reliant le Canada à la Louisiane, mais aussi pour assurer la fidélité des alliés autochtones face aux influences anglaises.
Cadillac proposa d’établir un poste avancé sur la rive du détroit reliant le lac Érié au lac Sainte-Claire. Ce site était hautement stratégique : il permettait non seulement de surveiller les mouvements britanniques, mais aussi de contrôler une route commerciale essentielle pour la traite des fourrures.
Le 27 mai 1699, à Versailles, le roi Louis XIV accorda à Antoine Laumet, sieur Lamothe de Cadillac, quinze arpents de terre à l’endroit où il devait établir un fort.[7] Dans une lettre datée du même jour, le roi informa le gouverneur Louis-Hector Callières et l’intendant Jean Bochart, sieur de Champigny, de son approbation du plan de Cadillac et leur demanda de soutenir cet homme si le projet était jugé pratique. Sans perdre de temps, Cadillac retourna à Québec pour équiper son expédition et réaliser le rêve de sa vie.[8]
En réponse à cette lettre, Callières et Champigny prennent acte des volontés du roi et l’en informent dans une correspondance du 18 d’octobre 1700. Ils assurent qu’ils prennent les dispositions nécessaires pour les respecter. Voici un extrait de cette correspondance :
« Comme sa Majesté a a coeur que nous fassions comencer un etablissement au Detroit, et que le plus grand inconvenient que nous y trouvions, etoit la guerre avec les iroquois, qui cesse pas la paix qui vient d etre concluë avec eux[9], le sieur de Callieres y enverra le sieur Lamotte au printemps prochain, n etant pas possible de le faire plûtost, avec le nombre d’hommes sufisant pour prendre posession de ce poste en nous precautionnant durant l hiver de menager les esprits de ces sauvages afin qu’ils n’en prennent point d’ombrage, par la crainte que cela ne fit nuisible a la paix qui vient d etre conclue, (…) »[10]
Avec l’approbation royale, Cadillac se met en route en juin 1701 à la tête d’une expédition ambitieuse. Mais avant d’atteindre ce territoire stratégique, il doit mener ses hommes à travers une route fluviale semée d’embûches. Reliant Montréal au futur fort Pontchartrain — nommé en l’honneur du ministre de la Marine Louis Phélypeaux, comte de Pontchartrain (1643-1727), alors secrétaire d’État de la Marine.
Le voyage vers Détroit
Guillaume Vinet dit Larente, alors âgé de 23 ans, est de cette aventure audacieuse. Il en était probablement à sa première expédition. Celle-ci est composée d’une centaine d’hommes, des soldats, artisans, colons et missionnaires. Le convoi est composé de 25 canots transportant les marchandises et ustensiles nécessaires à la construction d’un fort et à l’établissement d’un poste de traite.[11]
Parmi les voyageurs engagés dans cette expédition figuraient plusieurs hommes venus de différentes régions de la Nouvelle-France, dont Guillaume Vinet dit Larente :
- Louis Babie, voyageur de Champlain;
- Laurent Renauld, voyageur de Montréal;
- Charles Dazé, voyageur de Rivière des Prairies;
- Jacques Lemoine, voyageur de Batiscan;
- Claude Crevier, voyageur de Trois-Rivières;
- René Besnard dit Bourjoly, voyageur de Trois-Rivières;
- François Benoit dit Livernois, voyageur de Longueuil;
- Pierre Moriceau, voyageur de Montréal;
- Charles Cusson, voyageur de Montréal;
- Jean Lemire dit Marsolet, voyageur de Montréal;
- Jean-Baptiste Guay, voyageur de Montréal;
- Jacques Brisset, voyageur de l’Île Dupas;
- François Frigon, voyageur de Batiscan;
- Pierre Lagrave, voyageur de Montréal;
- Pierre St-Michel, voyageur;
- Michel Roy, voyageur de Sainte-Anne;
- Edmond Roy dit Chatelreau, voyageur de Sainte-Anne;
- Simon Balliargé, voyageur du Cap de la Madeleine;
- Claude Rivard dit Lorangé, voyageur de Batiscan;
- Mathurin Fuilleverte, voyageur
- Jean Turcot, voyageur de Charlesbourg;
- Jean-Baptiste Montmillian dit St-Germain, voyageur de Québec;
- Pierre Desautels dit Lapointe, voyageur;
- Henri Belleisle, chirurgien et voyageur;
- Louis Fafart dit Lonval , voyageur de Trois-Rivières;
- François Pancho, voyageur de Batiscan;
- Jean-Baptiste Vanier, voyageur de Charlesbourg;
- Pierre Toupin, voyageur de Beauport;
- René Lintot, voyageur de Trois-Rivières;
- Joseph Cartyé, voyageur
- Jacques Duran, voyageur;
- Pierre Colet, voyageur de Québec;
- Alexis Lemoine, voyageur de Batiscan;
- Louis Chauvin, voyageur de Montréal;
- Gabriel Obuchon, voyageur de Montréal;
- Latour, voyageur de Montréal;
- Lambert Cuillerier, voyageur de Montréal;
- Pierre Roy, voyageur de Sainte-Anne;
- Louis Vaudry, voyageur de Montréal;
- Pierre Richard, voyageur de Montréal;
- Louis Badaillac, voyageur de Montréal;
- Guillaume Vinet dit Larente, voyageur;
- Jean-Baptiste Gatineau, voyageur;
- Louis Gatineau dit Lameslée, voyageur.
Ce groupe était encadré par Antoine de Lamothe-Cadillac, lui-même, agissant sous les ordres de Louis-Hector de Callières, gouverneur de la Nouvelle-France, et de Jean Bochart de Champigny, intendant. Les officiers étaient les sieurs Pierre Dugué de Boisbriand et Chacornacle, baron de Joannès, lieutenants, ainsi que monsieur Alphonse de Tonti, capitaine de l’expédition et Jacob de Marsac, sieur de L’Omtrou, sergent. Cadillac accepta qu’un missionnaire jésuite, le père Vaillant de Gueslis, rejoigne l’expédition, mais il limita son rôle à l’évangélisation des Autochtones. Par ailleurs, il prit l’initiative d’emmener également un récollet, père Constantin Delhalle afin d’assurer l’accompagnement spirituel des colons et de la garnison.[12] Les interprètes François et Jean Fafard font également partie du groupe.
Le contrat d’engagement précisait que les voyageurs devaient obéir aux ordres donnés par Cadillac ou son remplaçant, qu’ils seraient nourris aux dépens du roi et qu’ils recevraient un salaire annuel. Ce document historique, conservé aux archives de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ), met en lumière les réalités logistiques et sociales de l’époque.[13]

Le voyage est ardu : il implique de naviguer sur des rivières tumultueuses, de transporter les canots et les provisions lors des portages, et de composer avec des conditions météorologiques imprévisibles.
Trajets et conditions de voyage[14]

Cadillac avait souhaité emprunter la route passant par le lac Érié, mais le gouverneur Callières en décida autrement. La route de l’Outaouais fut choisie, car les Iroquois, qui vivaient dans la partie ouest et nord de l’actuel État de New York, étaient hostiles aux Français et n’auraient permis à personne d’utiliser la route de Niagara.
Cadillac avait préparé le voyage depuis Montréal, mais Lachine fut choisi comme point de départ, car il était plus économique d’utiliser des chevaux pour transporter les lourdes marchandises au-delà des rapides de Lachine. Cadillac partit très probablement du Fort Rolland, construit en 1670 par le marchand François Le Noir dit Rolland pour protéger Lachine, plutôt que du Fort Rémy, édifié en 1671 près de l’ancienne église et nommé en l’honneur du prêtre Pierre Rémy. Ces deux forts, situés à trois lieues de Montréal, étaient essentiels puisqu’ils abritaient les entrepôts et le magasin du roi, où toutes les marchandises destinées aux pays d’en haut étaient reçues et chargées.
Le 5 juin 1701, l’impressionnant groupe quitta Lachine pour l’expédition. Il était composé de vingt-cinq canoës en bouleau et en cèdre, cinquante artisans et voyageurs, et d’un nombre indéterminé de soldats, accompagnés d’Indiens algonquiens retournant à la baie Georgienne. La route suivait la rivière des Outaouais, qui se jette dans le fleuve Saint-Laurent à Montréal.
Au bout de l’île, à seize milles[15] de Lachine, les canoës furent pagayés en demi-charge[16] à travers les rapides modérés. La rivière des Outaouais comportait dix-huit portages et la rivière Mattawa douze, sans compter le bâtonnage[17] nécessaire dans certains rapides.
Pour les portages, le fret était déchargé des canoës et transporté jusqu’à la prochaine section navigable sur des traîneaux à main. Chaque porteur devait transporter au minimum 90 livres de marchandises. Les canoës étaient souvent portés sur les épaules, ou tirés à travers les rapides, une manœuvre appelée décharge. La vitesse moyenne d’un homme effectuant un portage était d’environ trois milles[18] par heure.
À l’embouchure de l’Outaouais, les voyageurs affrontèrent une section difficile de sept à huit milles[19] de rapides entre Hull et Aylmer, au Québec, passant au nord des chutes de la Chaudière, la Petite Chaudière, les rapides Deschênes, et ce qui est aujourd’hui Ottawa et les chutes de la rivière Rideau. Après les rapides des Chats, ils retrouvaient un courant plus paisible.

Au Portage Dufort, la rivière des Outaouais se divise en contournant l’île du Grand Calumet. Le chenal est fut probablement choisi, car il nécessitait moins de portages, la principale dénivellation étant compensée au Grand Portage du Calumet, long d’environ 1,3 mille[20], puis aux rapides de l’Allumette, menant au Bouclier canadien avec ses roches granitiques.
La Pointe au Baptême était une longue pointe sablonneuse, encore identifiable aujourd’hui sous l’usine de Chalk River en Ontario. Ensuite, les voyageurs traversèrent les rapides tumultueux des Joachim, de la Roche Capitaine, des Deux Rivières, du Trou et de l’Éveillé.
Rivière Mattawa et lac Nipissing
Sur la rivière Mattawa, plusieurs portages[21] s’enchaînaient :
- Portage des Roches;
- Portage des Paresseux;
- Portage de la Prairie;
- Portage de la Cave;
- Portage Talon;
- Portage Pin de Musique;
- Portage de la Mauvaise Musique;
- Portage de la Tortue.
Le Portage de la Tortue était le dernier avant le lac Trout, à la tête de la Mattawa. De là, Cadillac rejoignit la baie Dugas, où un portage sinueux de 1500 verges[22] menait à un petit étang, suivi de deux autres courts portages, puis de la rivière La Vase et du lac Nipissing.
Selon Anita Campeau, le « lac Nipissing devait son nom aux Autochtones, car les brumes matinales empêchaient souvent de voir d’une île à l’autre ».[23] Toutefois, le nom Lac Nipissing provient du peuple autochtone Nipissing, une nation algonquienne qui habitait historiquement la région entourant le lac. Le terme Nipissing viendrait du mot anishinaabemowin (langue ojibwée) « Nbiising », qui signifie « petite eau » ou « eaux peu profondes », en référence aux caractéristiques du lac.[24]
Cadillac longea la pointe sud du lac et rejoignit la rivière des Français, un passage stratégique vers le lac Huron.
Baie Georgienne et lac Huron
Cadillac émergea de la rivière des Français, suivant la côte pour se protéger des eaux ouvertes du lac Huron. Il traversa le « lac aux trente mille îles » avant d’arriver à Michillimakinac, où il fit halte pour récupérer du matériel militaire, des armes et confisquer des articles de contrebande.
Deux itinéraires s’offraient ensuite :
- La rive ouest, passant par la baie de Saginaw, utilisée par les Autochtones;
- Un trajet direct au sud, que Cadillac choisit pour gagner du temps.
Sur le lac Huron, la navigation était difficile, sauf si le vent soufflait dans la bonne direction
Arrivée à Détroit
Le 20 juillet, Cadillac atteignit le lac Sainte-Claire, nommé ainsi par La Salle en 1679.[25] Après avoir parcouru plus de 900 milles[26] et effectué 35 portages en 48 jours, il arriva le 23 juillet 1701 au site du futur Détroit.
Le groupe campa sur Grosse Île, avant de remonter le courant le lendemain matin. Le 24 juillet 1701, l’expédition contourna Belle Isle et débarqua dans une petite crique, au pied de l’actuelle rue Griswold, marquant la fondation de Fort Pontchartrain du Détroit.
Le fort est établi à l’endroit où la rivière est la plus étroite «et où personne ne peut passer de jour sans être vu ». La qualité des sols permet d’établir une colonie de peuplement, au contraire des autres postes qui bénéficient d’environnements médiocres.[27]
Si l’objectif immédiat de l’expédition est atteint avec la construction du fort, ses répercussions se font sentir bien au-delà de 1701, affectant directement les hommes qui y ont pris part, dont Guillaume Vinet dit Larente.
Une fondation aux conséquences durables
La création de Détroit marque un tournant dans la présence française en Amérique du Nord. Non seulement elle renforce le contrôle territorial de la France, mais elle contribue également à établir une coexistence durable entre les colons français et les populations autochtones. Cependant, ce succès est éphémère, car la ville deviendra un enjeu majeur lors des conflits ultérieurs entre la France et la Grande-Bretagne.
Si la présence française fut temporaire, l’empreinte laissée par cette expédition et l’installation du fort Pontchartrain marqua durablement l’histoire de la région, influençant les relations entre Européens et Autochtones ainsi que les conflits franco-britanniques à venir.
Ainsi, la fondation de Détroit illustre la manière dont les ambitions stratégiques et les réalités du terrain ont façonné l’histoire de la Nouvelle-France. Détroit, bien que fondé comme avant-poste stratégique, s’est rapidement transformé en un théâtre des rivalités franco-britanniques, cristallisant les tensions sur le contrôle des routes commerciales. Ce chapitre, riche en enseignements, reste une étape essentielle pour comprendre les dynamiques de pouvoir et les interactions culturelles qui ont marqué l’Amérique du Nord au début du XVIIIe siècle.
L’expédition de Détroit ne constitue pas seulement un épisode marquant de l’histoire coloniale française, mais aussi un tournant dans la vie de Guillaume Vinet dit Larente. Ce périple de plusieurs mois, aux côtés de soldats, d’artisans et des nations autochtones, lui offre une nouvelle perception du territoire et des dynamiques qui le façonnent. Cette immersion dans un environnement en constante évolution l’amène à s’interroger sur son propre avenir : doit-il s’établir comme certains de ses compagnons dans cette région, ou poursuivre sa route vers d’autres horizons ?
Comme évoqué dans la première partie, il est probable que Guillaume ait entrepris plusieurs autres voyages avant de prendre une décision définitive. Douze ans plus tard, lorsqu’il choisira de s’établir à Sainte-Anne-de-Bellevue et de fonder une famille, ce sera avec l’expérience d’un homme ayant affronté les défis du commerce, de l’exploration et de la diplomatie en territoire autochtone. Son parcours illustre ainsi l’équilibre fragile entre l’appel de l’aventure et le besoin d’enracinement qui caractérisait de nombreux colons de la Nouvelle-France.
Acte et transcription
[Transcription : Règles de transcription pour cet acte]
[Image 1]
27 may 1701
Engagementz au roy par __ du Detroit
5639
Furent presens Messire Jean Bochart chevallier seigneur
de Champigny et noroy conseiller du roy en ses conseilz, intendant
de justice polices et finances en tous ce paýs de la Noüvelle France
faisant pour et au nom de sa majesté d’une part, et Louis Babie
de Champlain, Laurent Renauld du Montreal, Dazé de
la Riviere des Prairies, Jacques Lemoine de Bastican, Claude Crevier
des Trois-Rivieres, René Besnard Bourjoly des Trois Rivieres, François
Benoit dit Livernois de Longüeil, Pierre Moriceaû du Montreal,
Charles Cusson du Montreal, Jean Lemire dit Marsolet du Montreal
Jean Baptiste Guay du Montreal, Jacques Jacques Brisset de l isle [Dupas]
Francois Frigon de Batiscan, Pierre Lagrave du Montreal, Andre
Babot de Laprairies *Pierre Saint-Michel*, Michel Roy de Sainte-Anne, Edmon Roy dit
Chatelereau de Sainte-Anne, Simon Balliarge de Cap de la Magdeleine
Claude Rivard Lorangé de Bastiscan, Mathurin Fuilleverte [Feuilleverte]
Jean Turcot de Charlebourg, Jean Baptiste Monteilian Saint-Germain
de Québec # Pierre Desautelz dit Lapointe, Henry Belleisle chirurgien# Louis Fafart Lonval des Trois-Rivieres, François Pancho
de Batiscan, Jean Baptiste Vanier de Charlebourg, Pierre Toupin
de Beauport, René Lintot des Trois Rivieres, Joseph Cartyé, Jacques
Duran, Pierre Colet de Quebec, Alexis Lemoine de Batiscan, Louis
Chaüvin du Montreal, Gabriel Obuchon du Montreal, Latoür
du Montreal, Lambert Cuillerié du Montreal, Pierre Roy de
Sainte-Anne, Louis Vaüdry du Montreal, Pierre Richard du Montreal
Louis Badaillat du Montreal, Guillaume Vinet dit Larente, Jean Baptiste
Gatineau et Louis Gatineau dit Lameslée
Tous voýageurs, estans de present en cette ditte ville, d autre part
lesquelles partýes ont fait les marchés et engagemens quy ensuivent
sçavoir que lesdits voiageurs se sont volontairement et de leurs bons
gres engager, promis, et prometent de servir fidelement le roi, d’aller
au Detroit soüs la conduite de mondit *du* sieur de Lamothe Cadilhac
quy va comander audit lieu du Detroit soüs les ordres de monsieur seigneur
le Chevalier de Callieres gouverneur et lieutenant general pour le roi.
[Image 2]
en tout ce paÿs de la Nouvelle France, auquel ou a celuy qui comandera
a sa place, lesditz voiageurs prometent d’hobeyrs de travailler, et
faire tout ce qu il leur comandera, pendant lequel temps lesdits voyageurs
ne pourront faire aucune traite a leur profit directement ny indirectement
en quelque maniere que ce soit soüs les peines portée par les
ordonnances, et de perte de leurs gages et sallaires cy apres declares
ce marché fait a la charge que lesdits engages seront nourris aux
despans du roy, suivant l uzage des voiageurs, et outre leur sera
paýé en cette ville ou a leur procureur fondé de procuration en bonne
forme passer devant notaire, pour chacune annee de service a comancer
au premier juin prochain, sçavoir a chacun desdits Louis Babie, Laurens
Renauld, Charles Dazé, Jacques Lemoine, Claude Crevier, René Besnard
Bourjoly, Francois Benoit dit Livernois, Pierre Moriceaû, Charles Cusson,
Jean Lemire dit Marsolet, Jean Baptiste Guay, Jacques Brisset, François
Frigon, Pierre Lagrave, André Babuf, Michel Roy, Edmon Roi
dit Chatelereau, Simon Baillarge, Claude Rivard Lorangé, Mathurin
Fuilleverte [Feuilleverte], Jean Turcot, Jean Baptiste Montemelian Saint-Germain
Pierre Saint-Michel, Gatineau dit Duplessis Desautelz et Belleisle
La somme de trois cens livres monnoýes de France que fait du paÿs
celle de quatre cens livres, et a chacun desdits Louis Fafard Lonval, Francois
Pancho, Jean-Baptiste Vanier, Pierre Toüpin, René Lintot, Joseph
Cartier, Jacques Durant, Pierre Colet, Alexis Lemoine, Louis Chäuvin
Gabriel Obuchon, Latour, Lambert Cuillerié, Pierre Roi, Louis Vaüdry
Pierre Richard, Louis Badaillac Laplante Guillaume Vinet Larente, Louis Gastineau
Lameslée
La somme de deux cens vint cinq livres aussý monnoye de France que
fait trois cens livres du paÿs pour leur gages et sallaires de
ladite annee, est convenû que les peaüx des bestes que lesditz
[Image 3]
voýageurs tueront [leurs] appartiendront qu ilz remetront au magazin
qui sera estably audit lieu du Detroit, dont ils retireront certifficat
du garde du magazin # la moitie # desquelles pelleteries leur seront payes sur le prix
qui sera convenu audit lieu du Detroit sinon lesdites pelleteries seront descendues
en cette ditte ville aux despens du Roi et estans en cette ditte ville la moitié
d icelles appartiendront au Roi, et l autre moitié auxdits voiageurs # lesquels en cas de maladie seront traictes aux despens du roy par le chirurgien quy y monte audit Detroit, et que les armes desdits voiageurs seront raccomodes audit lieu aux despens du roy et lesquels *leur* sera loisible de prendre des peaux des bestes qu’ilz tueront pour leur faire des souliers sauvages pour leur usage seulement et a la fin de la premiere année du présent engagement sera loisible auxdits voiageurs de quiter ledit service en advertissant ledit sieur de Lamothe au premier convoy quy dessendra,#, car
ainsy a esté accordé entre lesdites parties promettant etc. obligeant etc.
renonceant etc. fait et passé audit Villemarie en l Hostel de mondit
seigneur l intendant l an mil sept cens un le vingt septieme jour
de may avant midy et a mondit seigneur l intendant signé avec
en precences des sieurs Antoine Hatanville et Pierre Rivet praticiens
tesmoins demeurants audit Villemarie soussignes avec mondit seigneur l intendant
lesdits sus nommes *et notaire* avec sera lesdits Babie, Michel Edmond et Pierre Roy
Montyemelian, Daze Frigon Claude Mathurin et François Rivardz freres Collet Alexis Lemoyne
Brisset Latour Belleisle Toupin Louis Chauvin Renaud, Lemoyne Lintot Gatineau
Longval, Bourjoly Claude Crevier et Lambert Cullerier les autres susnommes [tâches]
quy ont declare ne scavoir ecrire ny signer de ce enquis suivant
l’ordonnance
(signés)
Bochart Champigny Louis Babie
Michel Roy Monmellian Charle Daze
Edmon Roy J.B. Frigon Mathurin Rivard
Pierre Colet Claude Rivard Alexis Lemoyne
Francois Rivard Pierre Roy
Jacque Brissete Latour Henry Belile
Pierre Toupin Lemir Chauvin
Lauren Renau
Lemoyne Rene Linctot
L. Gatineau Claude Crevier
Bourjolly Longval Lambert Cullerier
Hatanville Rivet (paraphe)
Adhemar (paraphe) notaire royal
______________________________
Paléographie par Harold Larente, le 26 février 2020
Pour citer cet article
Harold Larente©2025, «Guillaume Vinet dit Larente, dans l’expédition royale pour la fondation du fort Pontchartrain (aujourd’hui Détroit) (1701) : Un chapitre stratégique dans l’expansion coloniale française», Histoire et généalogie des Vinet dit Larente, publié le 9 mars 2025.
[1] Voir sur ce blogue l’article intitulé : Guillaume Vinet dit Larente : De la vallée du Saint-Laurent aux frontières de Détroit, https://blogharoldlarente.ca/2025/02/16/23-guillaume-vinet-dit-larente-de-la-vallee-du-saint-laurent-aux-frontieres-de-detroit/
[2] Sa biographie dans : Yves F. Zoltvany, « LAUMET, dit de Lamothe Cadillac, ANTOINE », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 2, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 16 févr. 2025, https://www.biographi.ca/fr/bio/laumet_antoine_2F.html .
[3] Gilles Havard est historien et directeur de recherche au CNRS à Paris. Ses travaux portent sur l’histoire des relations entre Européens et Amérindiens en Amérique du Nord (XVIe-XIXe siècles).
[4] Gilles Havard et Cécile Vidal, Histoire de l’Amérique française, édition revue, Paris, Flammarion, 2019.
[5] Gilles Havard, Empire et métissages : Indiens et Français dans le Pays d’en Haut, 1660-1715, 2e édition, Québec, Septentrion, 2017, p. 71.
[6] Gilles Havard et Cécile Vidal, Histoire de l’Amérique française, édition revue, Paris, Flammarion, 2019, p. 114.
[7] Musée canadien de l’histoire, Antoine Laumet, dit de Lamothe Cadillac (1694-1701), Musée virtuel de la Nouvelle-France, Consulté le 15 février 2025, https://www.museedelhistoire.ca/musee-virtuel-de-la-nouvelle-france/les-explorateurs/antoine-laumet-dit-de-lamothe-cadillac-1694-1701/?_gl=1*o9ws3c*_gcl_au*MTUyOTU5NTA5Ni4xNzM5OTgwMzEx*_ga*ODEwNDU2ODY4LjE3Mzk5ODAzMTI.*_ga_6SV303E8VY*MTczOTk4MDMxMS4xLjEuMTczOTk4MDU2MS42MC4wLjA et Bulletin des recherches historiques, Lamothe-Cadillac et la fondation de Détroit, Vol. XIX, numéro 5, Lévis, mai 1913, pp.135-138.
[8] Bulletin des recherches historiques, Lamothe-Cadillac et la fondation de Détroit, Vol. XIX, numéro 5, Lévis, mai 1913, p.135.
[9] Il s’agit ici de l’entente préliminaire de 1700, avant le traité de la Grande Paix de Montréal en 1701.
Wikipédia, « Grande paix de Montréal », dernière modification le 15 mars 2024, consulté le 22 février 2025, https://fr.wikipedia.org/wiki/Grande_paix_de_Montr%C3%A9al . .
[10] 18 octobre 1700, Lettre de Callière et Champigny au ministre – conclusion …., MG1-C11A, Numéro de bobine de microfilm : C-2381, F-18 , image 27 de 37, disponible en ligne : https://recherche-collection-search.bac-lac.gc.ca/fra/accueil/notice?idnumber=3050109&app=fonandcol&ecopy=e000789909
[11] Lina Gouger (2000), « Détroit : le Paris de la Nouvelle-France », Cap-aux-Diamants, (62), p. 46.
[12] Bulletin des recherches historiques, Lamothe-Cadillac et la fondation de Détroit, Vol. XIX, numéro 5, Lévis, mai 1913, pp.139-140.
[13] 27 mai 1701, Engagement en qualité de voyageur de Louis Babie, voyageur, de Champlain, Laurent Renauld, voyageur, de Montreal, Charles Dazé, voyageur, de la Riviere des Prairies, Jacques Lemoine, voyageur, de Batiscan, Claude Crevier, voyageur, des Trois Rivières, René Besnard dit Bourjoly, voyageur, des Trois Rivières, François Benoit dit Livemois, voyageur, de Longüeil, Pierre Moriceaû, voyageur, de Montreal, Charles Cusson, voyageur, de Montreal, Jean Lemire dit Marsolet, voyageur, de Montreal, Jean-Baptiste Guay, voyageur, de Montreal, Jacques Brisset, voyageur, de l’île Dupas, François Frigon, voyageur, de Batiscan, Pierre Lagrave, voyageur, de Montreal, Pierre St Michel, voyageur, Michel Roy, voyageur, de Ste Anne, Edmond Roy dit Chatelreaû, voyageur, de Ste Anne, Simon Balliarge, voyageur, du Cap de la Magdeleine, Claude Rivard dit Lorangé, voyageur, de Batiscan, Mathurin Fuilleverte, voyageur, Jean Turcot, voyageur, de Charlebourg, Jean-Baptiste Montmillian dit St Germain, voyageur, de Quebec, Pierre Desautels dit Lapointe, voyageur, Henri Belleislle, chirurgien et voyageur, Louis Fafart dit Lonval, voyageur, des Trois Rivières, François Pancho, voyageur, de Batiscan, Jean-Baptiste Vanier, voyageur, de Charlebourg, Pierre Toupin, voyageur, de Beauport, René Lintot, voyageur, des Trois Rivières, Joseph Cartyé, voyageur, Jacques Duran, voyageur, Pierre Colet, voyageur, de Quebec, Alexis Lemoine, voyageur, de Batiscan, Louis Chaüvin, voyageur, de Montreal, Gabriel Obuchon, voyageur, de Montreal, Latour, voyageur, de Montreal, Lambert Cuillerier, voyageur, de Montreal, Pierre Roy, voyageur, de Ste Anne, Louis Vaudry, voyageur, de Montreal, Pierre Richard, voyageur, de Montreal, Louis Badaillac, voyageur, de Montreal, Guillaume Vinet dit Larente, voyageur, Jean-Baptiste Gatineau, voyageur et Louis Gatineau dit Lameslée, voyageur, au Roi., notaire Antoine Adhémar dit St-Martin [1668-1714], ANQ-M (maintenant BAnQ), M-620.1410. L’acte et ma transcription se trouve à la fin de l’article.
[14] Le récit du trajet est largement inspiré d’une traduction libre d’un article en anglais publié par Anita R. Campeau : « Cadillac’s Expedition: Quebec au Detroit du Lac Erie« , Michigan’s Habitant Heritage, vol. 20, no 3, juillet 1999, pp. 109-117, Disponible en ligne : https://www.mes-racines.ca/fichiers/Revues%20et%20bulletins/Michigan%27s%20Heritage/Michigan%27s%20Habitant%20Heritage%20-%20Vol.%2020%20-%20No.%203%20-%20July%201999.pdf , consulté le 25 janvier 2025.
[15] La formule de conversion est : kilomètres=milles×1,60934, soit environ 25,75 kilomètres.
[16] En demi-charge, comme le suggère le terme, lorsque l’eau était trop calme ou trop profonde pour le bâtonnage, ou lorsque la rive était trop encombrée pour le halage, les rapides étaient franchis en deux étapes. La moitié de la cargaison était déchargée, transportée au-delà des rapides, puis déposée. Les voyageurs retournaient ensuite chercher le reste de la cargaison.
[17] Le bâtonnage en canot est une technique de navigation utilisée pour remonter un cours d’eau à contre-courant lorsque le courant est trop fort pour pagayer efficacement. Cette méthode consiste à utiliser de longues perches (appelées « bâtons » ou « perches de halage ») pour pousser le canot en prenant appui sur le fond de la rivière.
[18] Environ 4,8 kilomètres par heure.
[19] Entre 11 et 13 kilomètres.
[20] Environ 2 kilomètres.
[21] Guillaume Dunn, Les Forts de I’Outaouais, Editions du Jour, Montreal, 1975, p. 125 dans Anita R. Campeau : « Cadillac’s Expedition: Quebec au Detroit du Lac Erie », Michigan’s Habitant Heritage, vol. 20, no 3, juillet 1999, p.56.
[22] Environ 1370 mètres.
[23] Anita R. Campeau, Cadillac’s Expedition: Quebec au Detroit du Lac Erie, Michigan’s Habitant Heritage, vol. 20, no 3, juillet 1999, p.115.
[24] Jasmine Taulu (2017). Lac Nipissing, Dans l’Encyclopédie Canadienne. Repéré à https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/lac-nipissing .
[25] Biographie de La Salle : Céline Dupré, « CAVELIER DE LA SALLE, RENÉ-ROBERT », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 1, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 22 févr. 2025, https://www.biographi.ca/fr/bio/cavelier_de_la_salle_rene_robert_1F.html .
[26] Environ 1500 kilomètres
[27] Lina Gouger (2000), « Détroit : le Paris de la Nouvelle-France », Cap-aux-Diamants, (62), p. 46.