18.- Les funérailles de Barthélémy Vinet dit Larente

Par Harold Larente, le 12 janvier 2019

Au décès[1] de Barthélémy Vinet dit Larente, on a sonné le glas[2] à l’église de la paroisse des Saint-Anges de Lachine. Les sonneries de deuil diffèrent en fonction du sexe du décédé: si c’est une femme, on tinte deux coups par cloche en commençant par la plus petite, trois fois; si c’est un homme, au lieu de sonner deux coups par cloche, on en sonne trois en commençant par la plus grosse.[3] Cette séquence est répétée trois fois avec le glas général à la fin.

On peut présumer que les cloches ont retenti au début, au milieu et à la fin de la cérémonie funéraire comme le veut la tradition. Étiennette Alton, la veuve de Barthélémy Vinet dit Larente a dû débourser 8 livres pour le glas et les sonneries.[4]

Replique reduite de la premiere chapelle Saints-Anges Lachine 02
Réplique réduite de la première chapelle Saints-Anges de Lachine. Jean Gagnon [CC BY-SA 3.0], de Wikimedia Commons)

Les sonneries, outre de permettre l’annonce des funérailles, ont pour but d’inviter les paroissiens à joindre leurs prières à celle de l’Église pour le salut de l’âme du défunt.

Le service religieux a été célébré par Pierre Rémy, le curé de la paroisse. Il était accompagné d’un chantre et de 6 enfants de chœur. L’église était ornée de 17 cierges de cire blanche d’un « quarteron »[5][6] chacun. Outre le curé, l’offrande du pain et du vin a été reçue par les enfants de chœur et le « peuple[7] », et ce, à la charge d’Étiennette Alton.

L’inhumation du corps

Le corps de Barthélémy Vinet dit Larente a été mis en terre dans l’église paroissiale des Saints-Anges de Lachine. L’ouverture de la terre dans l’église a nécessité un déboursé de 40 livres et le salaire de celui qui a fait la fosse et qui a remblayé celle-ci, a nécessité un versement de 2 livres.La sépulture à l’église est un moyen de bénéficier plus efficacement de l’intercession des saints (sépulture « ad sanctos ») et des prières de leur famille et des fidèles de la paroisse.[8].

L’inhumation d’un corps dans l’église n’est pas destinée aux communs des mortels. Il est habituellement réservé à l’élite. Est-ce en raison de sa charge de marguillier.[9] que ce privilège lui est réservé ou de l’affection que le curé Rémy lui voue? Ou tout simplement parce que la famille a les moyens financiers de se l’offrir ?

Jacobus Vrijmoet, Scène d’enterrement, Plume, encre bistre, lavis de bistre, XVIIe siècle, Musée des Beaux-Arts de la ville de Paris, Petit Palais © Petit Palais / Roger Vollet

Pour le repos de son âme

Étiennette Alton, sa femme, a fait dire 50 messes basses à raison d’une livre chacune pour assurer le repos de l’âme de son défunt mari.

Faute de données, il m’est impossible d’évaluer si ce nombre est important. À cette époque, les gens étaient d’une grande piété. Madame Schmitt[10], en citant l’historien français Michel Vovelle, mentionne que parmi les indices de religiosité, d’inquiétude face à l’au-delà que l’on trouve dans les testaments, les demandes de messes apparaissent comme « le test le plus massif et le plus net de la dévotion, ou au contraire du détachement ».

Toutefois, dans le cours de mes lectures, on mentionne souvent un « trentain » appelé également trentain grégorien en souvenir du pape Grégoire Le Grand. La célébration d’un trentain remonte à la fin du VIe siècle. Il est constitué par trente messes qui sont célébrées en trente jours consécutifs, pour une seule personne défunte. Il n’est pas requis qu’elles soient célébrées par le même prêtre (cas de maladie, de décès par exemple).[11]

L’organisation de ses funérailles et de son enterrement a coûté 143 livres et 10 sols, tel qu’il appert du mémoire de frais préparé par le curé Rémy.[12] Une transcription de ce mémoire et de la quittance qui l’accompagne se trouve à la fin du billet.

Conclusion

Les documents dépouillés à ce jour ne m’ont pas permis de retracer de testament de Barthélémy Vinet dit Larente. Ce fait me semble surprenant pour un homme d’une piété certaine comme les gens de son temps. À cette époque, dans les testaments, on trouve plusieurs formules où le futur défunt affirme sa foi et leur amour de Dieu. Certains soulignent leurs péchés et leurs fautes et préparent leurs funérailles.

L’absence de testament de Barthélémy Vinet dit Larente ne nous permet pas de savoir s’il a bien préparé sa mort afin d’assurer le salut de son âme au paradis.

Toutefois, nous savons que Barthélémy Vinet dit Larente, sur son lit de mort, était préoccupé par l’harmonie familiale relativement aux partages de ses biens et de ceux de Marin Hurtibise, le premier époux de sa femme Étiennette Alton. Deux jours avant sa mort il a fait venir à son chevet Pierre Rémy, le curé de la paroisse des Saints-Anges-Gardiens de Lachine, et sa famille  pour leur faire part de sa volonté. Ce sujet sera traité dans le prochain billet.

Bien que la mort soit une fatalité, en Nouvelle-France les hommes sont-ils tous égaux face à celle-ci? Voici un beau sujet de recherche pour l’avenir.

« Mémoire des frais de l’enterrement et service fait faire par madame La Rante pour deffunct son mary »

Source : « Les dossiers du Bailliage de Montréal au XVIIe siècle » publié en avril 2008, Format DVD, Gilles Proulx, historien, Contenant 11571, dossier 54, image DSCF6422

[Transcription  (règles de transcription) ]

Memoir des frais de l’enterrement et
service qu’a fait faire madame La Rante
pour deffunct son mary.
Premierrement pour 17 cier
ges cire blanche d un quarte
ron piece dix sept livres cy                           17#
Item pour l ouverture de la
terre dans l église                                            40#
Item pour les salaires de celuy
quy a fait la fosse et quy’la
repaté                                                                      2#
Item pour la sonnerie et
ornements de l’eglise pen
dant les trois jours                                          18#
Item pour six enfants de cho
eur quy ont assiste a l enterre
ment et a la messe et service
du lendemain                                                     3#
Item pour le chantre                                       2#
Item pour la sacristine quy
a tendu de deuil                                                      10s
Item pour 1 vingt sol d offrande
a monsieur le curé et quarente sols
en sols marqués pour l offrande
des enfans de choeur et du peuple
et vingt sol pour le pain et le vin                      4#
Item pour les droicts de monsieur
le curé quy a esté lever le
corps en la maison du deffunct
distante d une grande demie
lieüe de l eglise et pour l en
terrement, ensemble pour
la grande messe et service
qu il a fait le lendemain pour
le deffunct sept livres cy                                     7#
Item pour la retribution de
cinquante basses messes qu elle fait
dire par monsieur le curé pour le
repos de l ame de son mary                            50#

Somme totalle:
sur laquelle faut luy de
falquer [13] celle de cinquante
livres que l église doit au dit
deffunct ainsy qu il est porté
dans l arresté de comptes qu il
rendit lorsqu il sortit de la
charge de marguillier, partant
#neant pour la vacation d avoit esté
lever le corps atten
du que ce droict
n as pas esté taxé
par l’evesque
et qu en ville le
curé ne va pas pas
lever le corps
hors la ville
mais dans son enceinte ou on
les y ameine#

Paléographie par Harold Larente, le 13 avril 2015
Révisé le 4 janvier 2019

«Quittance de monsieur Remy pour la veufve Tiennette Alton des funérailles services et basses messes pour deffunct son mary Barthelemy Vinet de 81 livres 5 solz»

Source : « Les dossiers du Bailliage de Montréal au XVIIe siècle » publié en avril 2008, Format DVD, Gilles Proulx, historien, Contenant 11571, dossier 54, image DSCF6423

Quittance de monsieur Remy pour la veufve Tiennette Alton des funérailles services et basses messes pour deffunct son mary Barthelemy Vinet de 81 livres 5 solz

reste dub a l eglise et monsieur le
curé et officiers quatre vingt et
une livre cinq sols, pour tous les
deux enterrements service cierges
et basses messes.

Je soubsigné curé de la paroisse
des Saint-Anges de Lachine certifie
que Tiennette Alton veufve du
sieur Barthelmy Vinet dit La Rante
m’a paié et au marguiller en charge
toutes les sommes cy desus a
l exception du vingt cinq sols
dont moy curé luy fait remise
sur mes droicts dont et de tout
ce que desus Jean Michau mar
guiller de laditte paroisse la tenons
quitte et tous autres et promettons
l acquitter envers tous et contre
tous en foy de quoy j ay signé
et ledit Michau a declaré ne
scavoir signer fait a Lachine ce
24ième novembre 1687
(signé)
Remy curé de Lachine (paraphe)

Paléographie par Harold Larente, le 13 avril 2015
Révisé le 6 janvier 2019[1]↑ On peut consulter l’article « Quelle maladie emporte Barthélémy Vinet dit Larente?  » sur ce blogue en suivant le lien suivant : http://blogharoldlarente.ca/2018/12/01/17-quelle-maladie-emporte-barthelemy-vinet-dit-larente/

[2]↑ C’est ce que nous renseigne le « Mémoire des frais de l’enterrement et service fait faire par madame La Rante pour deffunct son mary », 24 novembre 1687. Ce document est tiré de « Les dossiers du Bailliage de Montréal au XVIIe siècle » publié en avril 2008, Format DVD, Gilles Proulx, historien, image DSCF6422.

[3]↑ « Sonner les cloches dans une paroisse catholique », sur le site Internet : Le site du Patrimoine immatériel religieux du Québec, http://www.ipir.ulaval.ca/fiche.php?id=783, consulté le 12 décembre 2018.

[4]↑ « Mémoire des frais de l’enterrement et service fait faire par madame La Rante pour deffunct son mary », op. cit.

[5]↑ Définition tirée du dictionnaire Furetière : « fe dit auffi des poids, & fignifie le quart d’une livre… », Antoine Furetière (1619-1688), Dictionnaire universel, contenant généralement tous les mots françois tant vieux que modernes, et les termes de toutes les sciences et des arts… ([Reprod.]) / par feu Messire Antoine Furetière, 1690, https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k50614b. La lettre « f » dans les textes de cette époque est assimilée à la lettre « s » d’aujourd’hui.

[6]↑ « Mémoire des frais de l’enterrement et service fait faire par madame La Rante pour deffunct son mary », op. cit.

[7]↑ Ainsi désigné dans le « Mémoire des frais de l’enterrement et service fait faire par madame La Rante pour deffunct son mary », op. cit.

[8]↑ Manon Schmitt, « Mourir au XVIIe siècle : Attitudes des habitants du Châtelleraudais », s. d., http://ccha.fr/wp-content/uploads/2012/01/Manon-Schmitt-Mourir-au-XVII%C3%A8me-si%C3%A8cle-attitudes-des-habitants-de-Ch%C3%A2tellerault.pdf.

[9]↑ On peut consulter l’article « Barthélémy Vinet dit Larente marguillier à la paroisse des Saints-Anges-Gardiens de Lachine » sur ce blogue en suivant le lien suivant : http://blogharoldlarente.ca/2018/09/12/15-barthelemy-vinet-dit-larente-marguillier-a-la-paroisse-des-saints-anges-gardiens-de-lachine/

[10]↑ Manon Schmitt, op. cit.,  p.67

[11]↑ Tirée du site Internet Sainte-Rita Nice à l’adresse suivante : https://www.sainte-rita.net/espace-priere/offrandes-de-messes/qu-est-ce-qu-un-trentain-gregorien , consulté le 5 janvier 2019.

[12]↑ « Mémoire des frais de l’enterrement et service fait faire par madame La Rante pour deffunct son mary », op. cit.

[13]↑ Définition de defalquer du furetière : v. act. Déduire, fousftraire, retrancher une petite fomme d’une plus grande…, Antoine (1619-1688) Auteur du texte Furetière, Dictionnaire universel, contenant généralement tous les mots françois tant vieux que modernes, et les termes de toutes les sciences et des arts… ([Reprod.]) / par feu Messire Antoine Furetière,…, 1690, https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k50614b.

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